Suspension of sentence before conditional release rejected due to statutory time limits and existing semi-liberty benefits.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe court declared the appeal admissible but dismissed it as unfounded regarding a request to suspend sentence execution. The applicant argued for suspension based on good conduct and family ties, while the prosecution noted the absence of a specific time limit in the law. The court ruled that the statutory phrase 'before possible conditional release' implicitly requires the applicant to have served a significant portion of their sentence, which the applicant had not yet done.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArt. 685 c.p.p.; Art. 687 c.p.p.: A request for suspension of sentence execution before conditional release is implicitly subject to a time condition requiring the condemned to have served a substantial part of the sentence, as the measure is intended for preparation prior to eventual release.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IAJurisprudence citée
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
Arrêt n°91/24 chap
du 24 juin 2024.
La Chambre de l’application des peines de la Cour d'appel du Grand-Duché
de Luxembourg a rendu le vingt-quatre juin deux mille vingt-quatre l'arrêt qui
suit:
Vu le recours introduit le 18 juin 2024 par envoi électronique au greffe de la
Cour d’appel, Chambre de l’application des peines, par Maître Nadine
CAMBONIE, en remplacement de Maitre Rabah LARBI, avocats à la Cour,
demeurant à Luxembourg, pour le compte de
PERSONNE1.), née le DATE1.) à ADRESSE1.) (France), actuellement
détenue sous le régime de la semi-liberté au Centre pénitentiaire de
Givenich,
contre la décision de la Déléguée du Procureur général d’Etat à l’exécution
des peines du 11 juin 2023, lui notifiée le 12 juin 2024 ;
Vu les réquisitions écrites du Ministère public.
LA CHAMBRE DE L’APPLICATION DES PEINES DE LA COUR D'APPEL :
Vu le recours introduit le 18 juin 2024 contre la décision de la Déléguée du
Procureur général d’Etat à l’exécution des peines (ci-après la déléguée) du 11
juin 2024, notifiée à la requérante le 12 juin 2024, aux termes de laquelle sa
demande en suspension de l’exécution de la peine présentée le 8 mai 2024 a
été rejetée alors que sa demande en obtention d’un congé pénal régulier de 2
jours consécutifs à partir du mois de juin 2024 a été avisée favorablement et
ne fait pas l’objet du recours.
La requérante critique qu’il n’a pas été à suffisance tenu compte de son
argumentation présentée à l’appui de sa demande, à savoir l’ancienneté des
faits à la base des condamnations intervenues du chef de banqueroute et
d’abus de confiance, sa conduite exemplaire en milieu carcéral de même que
sa situation familiale et professionnelle de nature à mériter la faveur prévue à
l’article 685 du code de procédure pénale. Elle critique encore la lecture que
la déléguée ferait de cet article en avançant qu’elle ne serait pas à la veille
d’une possible libération conditionnelle ou d’un élargissement définitif alors
qu’aucun délai ne serait prévu par la loi.
Le Ministère public, concluant à la recevabilité du recours, s’oppose à la
demande de la requérante en se ralliant à la motivation à la base de la décision
de la déléguée du 11 juin 2024 dont la motivation serait corroborée notamment
par un arrêt de la Chambre de l’application des peines du 5 mai 2022, n°65/22.
Il poursuit que les développements de PERSONNE1.) sur les condamnations
au pénal définitives intervenues à son égard et sur les prétendus « errements
de la juridiction française »1 seraient étrangers aux critères d’appréciation de
sa demande formulée en rapport avec l’application de l’article 685 du code de
procédure pénale et qu’elle ne ferait valoir aucun motif pertinent nouveau, étant
rappelé qu’elle bénéficie déjà de la faveur de la semi-liberté avec congé pénal
régulier de deux jours consécutifs par mois pour raisons familiales à partir du
mois de juin 2024.
Quant à la recevabilité du recours :
Le délai de huit jours ouvrables prévu par la loi pour interjeter un recours
contre la décision du 11 juin 2024, notifiée à PERSONNE1.) le 12 juin 2024,
est respecté. Le recours est motivé et a été introduit conformément à l’article
698 (1) du code de procédure pénale tel que modifié par la loi du 29 juillet
2023.
Quant au bien-fondé du recours :
PERSONNE1.)
purge depuis
le 12 décembre 2023 deux peines
d’emprisonnement, une peine de 18 mois dont le sursis est déchu et une peine
de 6 mois pour des infractions d’abus de confiance et de banqueroute
frauduleuse. Elle s’est vue accorder un transfert au CPG en milieu semi-ouvert
par décision du 31 janvier 2024. La mi-peine est fixée au 6 décembre 2024 et
la fin de sa peine au 1er décembre 2025.
Suivant l’article 673 (1) du code de procédure pénale, le Procureur général
d’Etat peut décider l’exécution d’une peine privative de liberté selon les
modalités y prévues, dont la suspension de l’exécution de la peine.
Les termes dudit article dénotent clairement qu’il s’agit d’une simple possibilité
offerte au Procureur général d’Etat et non d’un droit pour la condamnée dont
le casier luxembourgeois renseigne deux condamnations à des peines
privatives de liberté et le casier français renseigne en outre une condamnation
du tribunal correctionnel de Thionville du 13 juin 2019 du chef de rébellion et
outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.
C’est à juste titre que le Ministère public a fait remarquer qu’aussi bien les
développements relatifs à l’ancienneté des faits, que les reproches formulés à
l’encontre du juge d’application des peines près le Tribunal judiciaire de
Thionville sont dénués de pertinence dans le cadre de l’appréciation d’une
demande en suspension de l’exécution d’une peine d’emprisonnement à
laquelle PERSONNE1.) a été condamnée.
Il importe également de relever que la Chambre de l’application des peines
n’est pas un troisième degré de juridiction et que partant il ne s’agit plus de
discuter ou d’apprécier les faits à la base des condamnations intervenues, faits
1 La requérante vise le juge d’application des peines près le tribunal judiciaire de Thionville
qui ont été pris en considération par les juges du fond avant le prononcé de la
peine.
Pour ce qui est de sa situation familiale et professionnelle, celle-ci a aussi bien
été prise en considération par les juges du fond, que surtout par la déléguée,
en accordant à PERSONNE1.) la faveur de pouvoir purger la peine privative
de liberté en un milieu moins contraignant lui permettant de continuer à
travailler et, grâce aux congés pénaux réguliers, de concilier son incarcération
avec sa vie de mère de famille, étant précisé que ses deux enfants sont
majeurs.
Ces arguments ne sont partant pas de nature à énerver la décision de refus
de suspension de l’exécution de la peine prise par la déléguée.
PERSONNE1.) critique encore le constat de la déléguée qu’elle ne remplirait
pas les conditions de l’article 685 du code de procédure pénale pour n’être ni
à la veille d’une libération conditionnelle, ni à la veille de son élargissement
définitif alors que la demande en suspension de l’exécution de la peine pourrait
être
formulée
« avant »
une
possible
libération
conditionnelle
ou
l’élargissement définitif sans autre condition.
S’il est exact que l’article 685 du code de procédure pénale est libellé comme
suit, « avant une possible libération conditionnelle ou l’élargissement définitif
du condamné, une suspension de l’exécution de la peine peut être accordée
dans l’intérêt de l’insertion du condamné. La suspension de l’exécution de la
peine est comptée pour la computation de la durée de la peine » et ne renferme
aucune indication précise quant à une date à partir de laquelle une pareille
faveur peut être sollicitée, il est pourtant erroné de soutenir que cette demande
ne soit assortie d’aucune condition de temps dans la mesure où il est précisé
que cette mesure de faveur exceptionnelle peut être accordée en amont d’une
possible libération conditionnelle ou d’un élargissement définitif dans l’intérêt
de l’insertion du condamné.
De par sa définition, l’élargissement définitif, donc la « levée de l’écrou »,
implique en principe la fin de peine théorique fixée sur base d’une
condamnation pénale définitive, soit en l’espèce dans le chef de
PERSONNE1.) le 1er décembre 2025 et la libération conditionnelle implique au
préalable de satisfaire aux dispositions de l’article 687 (d) du code de
procédure pénale, à savoir l’expiration de la détention de la moitié de la peine
ou des peines cumulées à subir, soit dans le chef de PERSONNE1.) le 6
décembre 2024. L’article précité prévoit en outre qu’avant l’élargissement
définitif ou une libération conditionnelle, cette suspension peut intervenir si elle
est dans l’intérêt de l’insertion.
Implicitement, mais nécessairement, le législateur a voulu, de par cette
formulation, garantir une certaine durée de détention avec préparation d’un
projet sérieux d’insertion du condamné avant de pouvoir prétendre à un tel
aménagement, étant précisé que PERSONNE1.) n’a même pas encore subi le
tiers de sa peine privative de liberté et que, légalement, une possible libération
conditionnelle ne peut pas intervenir avant décembre 2024. Par ailleurs, pour
ce qui est de l’intérêt de son insertion, elle bénéficie, tel que rappelé à juste
titre par le Ministère public, de la semi-liberté avec octroi de congés pénaux
réguliers caractérisant à suffisance à quel point il a été tenu compte des
dispositions de l’article 673 point 2) du code de procédure pénal dans le cadre
de l’application des modalités d’exécution de la peine privative de liberté de
PERSONNE1.).
C’est partant à bon droit que la déléguée à l’exécution des peines n’a pas fait
droit à la demande de PERSONNE1.) pour autant qu’elle visait une suspension
de l’exécution de sa peine .
Le recours n’est partant pas fondé.
P A R C E S M O T I F S
la Chambre de l’application des peines,
déclare le recours recevable, mais non fondé.
Ainsi fait et jugé par la Chambre de l’application des peines de la Cour d'appel
du Grand-Duché de Luxembourg, composée de Mylène REGENWETTER,
président de chambre, Vincent FRANCK, premier conseiller, et Martine
DISIVISCOUR, premier conseiller, qui ont signé le présent arrêt avec le greffier
assumé Fabio SPEZZACATENA.
La lecture de l'arrêt a été faite en audience publique à la Cité Judiciaire,
Bâtiment CR, Plateau du St. Esprit, par Mylène REGENWETTER, président de
chambre en présence de Fabio SPEZZACATENA, greffier assumé.