Labor court declares incompetence due to lack of subordination in apparent employment contract.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe labor court declared itself materially incompetent to hear the bankruptcy administrator's claim for unpaid wages. The plaintiff presented an apparent employment contract, but the defendant proved they held 99% of shares and exercised full control over the company. Consequently, the court found no subordination relationship existed, which is a prerequisite for labor jurisdiction.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArt. 1315 c.c.; Art. 1316 c.c.: In the presence of an apparent employment contract, the burden of proving the fictitious nature of the contract and the absence of subordination lies with the party contesting the labor relationship.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IAJurisprudence citée
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
N° 183/2024
du 12.02.2024
Audience publique du 12 février 2024
Le tribunal du travail de la circonscription de Diekirch, arrondissement judiciaire
de Diekirch, Grand-Duché de Luxembourg, dans la composition
Sonja STREICHER
juge de paix, président
John BLUM
assesseur - salarié
Victor FAUTSCH
assesseur - employeur
Monique GLESENER
greffier
a rendu le jugement qui suit dans la cause entre
Maître Christian HANSEN, avocat à la Cour, demeurant à L-9125 Schieren,
86b, route de Luxembourg, agissant en sa qualité de curateur de la faillite de la
société à responsabilité limitée SOCIETE1.), anciennement établie et ayant
eu son siège social à L-ADRESSE1.), prononcée par jugement du tribunal
d’arrondissement de et à Diekirch, siégeant en matière commerciale, rendu en
date du 17 mai 2023,
partie demanderesse, comparant par Maître Denis WEINQUIN, avocat à la
Cour, demeurant à Schieren,
et
PERSONNE1.), sans état connu, demeurant à B-ADRESSE2.),
partie défenderesse, comparant par Maître Meryem AKBOGA, avocat,
demeurant à Luxembourg.
______________________________________________________________
Procédure :
Sur base d'une requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en
date du 17 juillet 2023, les parties ont été convoquées par la voie du greffe à
comparaître devant le tribunal du travail de Diekirch à l'audience publique du
lundi, 2 octobre 2023 à 9.00 heures, en la salle des audiences de la justice de
paix de Diekirch, "Bei der aler Kiirch", pour y entendre statuer sur le mérite des
causes énoncées dans ladite requête.
A l’appel de la cause à l’audience publique du 2 octobre 2023, l’affaire a été
fixée au 22 janvier 2024 pour plaidoiries, où elle a alors paru utilement avec les
débats comme suit:
Maître Denis WEINQUIN, en remplacement de Maître Christian HANSEN, ès-
qualités, a exposé le sujet de l’affaire et fourni ses moyens.
Maître Meryem AKBOGA, représentant la partie défenderesse, a fourni ses
réponses.
Sur ce tribunal a pris l’affaire en délibéré et il rend à l’audience de ce jour à
laquelle le prononcé avait été fixé
l e j u g e m e n t q u i s u i t :
Par requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en date du 17
juillet 2023, Maître Christian HANSEN, en sa qualité de curateur de la société
à responsabilité limitée SOCIETE1.), déclarée en état de faillite par jugement
rendu en date du 17 mai 2023 par le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch,
a fait convoquer PERSONNE1.) à comparaître devant le tribunal de céans pour
statuer sur le mérite de la déclaration de créance déposée par celui-ci.
La requête, régulière en la forme, est recevable.
Suivant déclaration de créance n°
déposée au greffe du tribunal
d’arrondissement de et à Diekirch en date du 2 juin 2023, PERSONNE1.) a
demandé à être admis au passif superprivilégié de la faillite pour la somme de
16.781,99 euros.
PERSONNE1.) réclame les montants suivants :
Arriérés de salaire (de janvier à mars 2023):
7.770,47
euros
Indemnité de congé non pris:
non déterminé
euros
Mois de survenance de la faillite (mai 2023):
3.013,84
euros
Mois subséquent (juin 2023):
3.013,84
euros
½ du préavis: 1 mois:
3.013,84
euros
Total :
16.781,99
euros
(suivant recalcul du tribunal il s’agit de 16.811,99 euros)
Lors de la vérification des créances le curateur a contesté la créance.
Par jugement du 12 juillet 2023, le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch,
siégeant en matière commerciale, a renvoyé les parties à se pourvoir devant le
tribunal du travail pour voir statuer sur les contestations émises par le curateur
à propos de la déclaration de créance par laquelle PERSONNE1.) a demandé
son admission au passif superprivilégié de ladite faillite.
Par requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en date du 17
juillet 2023, Maître Christian HANSEN, agissant en sa qualité de curateur de la
société à responsabilité limitée SOCIETE1.), a régulièrement fait convoquer
PERSONNE1.) devant le tribunal du travail de céans pour voir statuer sur les
contestations en cause.
A l’audience du 22 janvier 2024, Maître Christian HANSEN a déclaré avoir
contesté lors de la vérification des créances, la déclaration de créance déposée
par PERSONNE1.), au motif que le lien de subordination inhérent à tout contrat
de travail ferait défaut.
Le curateur a plaidé que PERSONNE1.) aurait été associé de la société à
responsabilité limitée SOCIETE1.) et qu’il aurait détenu 99 % des parts
sociales.
Le contrat de travail signé entre parties aurait été établi pour des raisons de
sécurité juridique, mais le curateur conteste tout lien de subordination entre
PERSONNE1.) et la société en faillite.
Le curateur conteste énergiquement que PERSONNE1.) ait eu la qualité de
salarié de la société.
Enfin, le curateur a contesté le quantum des montants réclamés.
PERSONNE1.), quant à lui, admet avoir été actionnaire majoritaire de la société
à responsabilité limitée SOCIETE1.), mais soutient avoir également signé un
contrat de travail avec la société en faillite le 25 juin 2022, pour assumer les
fonctions de commercial.
La compétence des juridictions du travail n’est donnée que si la demande prend
son origine dans un contrat de travail caractérisé par un lien de subordination.
L’existence d’un contrat de travail présuppose la réunion de trois éléments, à
savoir une prestation de travail, une rémunération ou un salaire, et un lien de
subordination avec les pouvoirs de direction inhérent à la qualité d’employeur.
Il ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination ou
de la qualification qu’elles ont donné à leur convention, mais des conditions de
fait dans lesquelles s’exerce l’activité du salarié.
La subordination juridique consiste en ce que le salarié se trouve placé sous
l’autorité de son employeur qui lui donne des ordres concernant l’exécution du
travail, en contrôle l’accomplissement et en vérifie les résultats.
Cette autorité du chef d’entreprise a comme contrepartie l’absence de tout
risque économique assumé par le salarié dans son activité.
Conformément au principe général édicté par l’article 1315 du code civil, la
charge de la preuve de l’existence ou de l’inexistence du contrat de travail, de
sa réalité ou de son absence de réalité incombe en principe à celui qui s’en
prévaut.
Lorsque les parties sont en présence d’un contrat de travail apparent, il incombe
à celui qui conteste l’existence d’un lien de subordination d’établir le caractère
fictif du contrat (cf. Cour d’appel, 3 décembre 1998, n° 22770 du rôle; Cour
d’appel, 9 février 2006, n° 28060 du rôle; Cour d’appel, 1er février 2007, n°
29.638 du rôle; Cour d’appel, 19 novembre 2009, n° 32.186 du rôle).
L’apparence de régularité d’un contrat de travail écrit n’établit dès lors pas en
elle-même la compétence des juridictions du travail, mais ne fait que renverser
la charge de la preuve. Il s’ensuit que les parties étant en l’espèce en présence
d’un contrat de travail apparent, il incombe au curateur d’établir le caractère
fictif et l’absence de lien de subordination entre les parties.
Il est constant en cause que les parties ont signé un contrat de travail le 25 juin
2022, suivant lequel PERSONNE1.) a été engagé comme commercial à temps
plein contre paiement d’un salaire mensuel brut de 2.580.- euros par mois. Des
fiches de salaires ont été émises mensuellement.
Le contrat de travail est signé pour l’employeur par le coassocié minoritaire du
requérant, PERSONNE2.), qui était encore gérant unique de la société.
Si les pièces versées par le requérant peuvent rendre admissible l’hypothèse
que son père, PERSONNE3.), ait également contribué à la gestion en fait de la
société, ces pièces ne permettent cependant pas de conclure que le requérant
ait exercé des tâches en lien de subordination.
PERSONNE1.)
détenait
la
majorité
des
parts
sociales
(99%), de sorte qu’il doit être retenu qu’il avait le pouvoir de contrôle sur la
société.
A défaut de lien de subordination, l’existence de la relation de travail requise
pour justifier la compétence du tribunal pour connaître des prétentions
salariales de PERSONNE1.) à l’égard de la société faillie en tant qu’employeur
n’est pas prouvée, de sorte que le tribunal du travail doit se déclarer
incompétent pour connaître de la demande en paiement dans le cadre de la
déclaration de créance.
P A R C E S M O T I F S
le tribunal du travail de Diekirch, siégeant en matière de contestations entre
salariés et employeurs, statuant contradictoirement et en premier ressort,
vu le jugement rendu par le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch, siégeant
en matière commerciale, en date du 12 juillet 2023,
reçoit la requête du curateur en la forme,
se déclare matériellement incompétent pour en connaître,
condamne PERSONNE1.) aux frais et dépens de l’instance.
Ainsi fait, jugé et prononcé à l'audience publique dudit tribunal du travail de
Diekirch, en la salle des audiences de la justice de paix de Diekirch, "Bei der
aler Kiirch", date qu'en tête et ont le président et le greffier signé le jugement.