Tenant eviction claim dismissed as procedural error; case requires citation, not request, due to lack of lease.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe court declared the plaintiff's eviction request inadmissible because it was filed via a request rather than a formal citation. The parties admitted no lease contract existed, meaning the special request procedure for tenancy disputes did not apply. Consequently, the court ruled the case must be initiated through citation, rejecting the plaintiff's procedural standing.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArt. 17 ust. 1 k.r.s.; Art. 330-1 k.r.s.: When no lease contract exists between parties, eviction claims for unlawful occupation must be filed by citation, not request, rendering a request inadmissible.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IAJurisprudence citée
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
Répertoire No. 3188/23
L-BAIL-488/23
Audience publique extraordinaire du 7 décembre 2023
Le tribunal de paix de et à Luxembourg, arrondissement judiciaire de Luxembourg,
siégeant en matière de bail à loyer, a rendu le jugement qui suit
dans la cause
e n t r e
PERSONNE1.), demeurant à L-ADRESSE1.)
partie demanderesse
comparant par Maître Ibrahima DIASSY, avocat, demeurant à Luxembourg
e t
PERSONNE2.), demeurant à L-ADRESSE1.)
partie défenderesse
comparant par Maître Miguel DINIS MENDES, avocat, en remplacement de
Maître David Manuel TRAVESSA MENDES, avocat à la Cour, les deux
demeurant à Luxembourg
F a i t s
L’affaire fut introduite par requête – annexée au présent jugement – déposée au
greffe de la Justice de paix de Luxembourg en date du 17 juillet 2023.
Sur convocations émanant du greffe, l’affaire fut appelée à l’audience publique du
21 septembre 2023.
Lors de la prédite audience, l’affaire fut fixée aux fins de plaidoiries à l’audience
publique du 16 novembre 2023.
A la prédite audience, Maître Ibrahima DIASSY et Maître Miguel DINIS
MENDES, en remplacement de Maître David Manuel TRAVESSA MENDES,
furent entendus en leurs moyens et conclusions.
Sur ce, le tribunal prit l’affaire en délibéré et rendit à l’audience publique
extraordinaire de ce jour, à laquelle le prononcé avait été fixé,
l e j u g e m e n t q u i s u i t :
Par requête déposée en date du 17 juillet 2023, PERSONNE1.) a sollicité la
convocation de PERSONNE2.) devant le tribunal de paix de et à Luxembourg,
siégeant en matière de bail à loyer sinon d’occupation sans droit ni titre, pour:
-
voir déclarer PERSONNE2.) occupant sans droit ni titre;
-
sinon voir déclarer résilié le contrat de bail existant entre parties;
-
voir ordonner le déguerpissement des lieux occupés par la partie
défenderesse et faute de ce faire dans le délai imparti, la voir expulser par
la force publique;
-
voir condamner la partie défenderesse à payer aux parties requérantes une
indemnité de procédure de 1.200 euros sur base de l’article 240 du
Nouveau Code de procédure civile;
-
voir ordonner l’exécution provisoire de la décision à intervenir;
-
voir condamner la partie défenderesse aux frais et dépens de l’instance.
Les moyens et prétentions de PERSONNE1.)
A l’appui de sa demande, PERSONNE1.) fait valoir qu’il est propriétaire à 79,5 %
d’une maison sise à L-ADRESSE1.).
Les 20,5 % restants de l’immeuble en question sont détenus par sa compagne
PERSONNE3.).
PERSONNE1.) déclare ensuite que depuis plus de 10 ans, il loge à titre gratuit le
fils de sa compagne en l’occurrence le défendeur PERSONNE2.). Depuis l’année
2022, le comportement déplacé de celui-ci rendrait impossible toute cohabitation.
Le demandeur estime en effet qu’il ne peut pas jouir paisiblement de sa propre
maison d’habitation alors que PERSONNE2.) causerait des nuisances sonores
nocturnes, l’enfermerait, l’injurierait et le frapperait.
Par un courrier de son mandataire du 22 mai 2023, PERSONNE1.) a mis en
demeure PERSONNE2.) de quitter les lieux endéans un mois et plus
particulièrement jusqu’au 30 juin 2023.
Actuellement, PERSONNE1.) estime que PERSONNE2.) est occupant sans droit
ni titre du logement en question, de sorte à ce qu’il y aurait lieu à ordonner son
déguerpissement.
Sur base des faits constants ci-avant énoncés, PERSONNE1.) conclut à la
compétence du tribunal saisi en application de l’article 3, 3 ° du Nouveau Code de
procédure civile. Le juge de paix serait matériellement compétent pour connaître
de sa demande qui aurait trait à l’expulsion des lieux occupés sans droit.
Les moyens et prétentions de PERSONNE2.)
A l’audience du Tribunal et in limine litis, PERSONNE2.) a conclu à
l’incompétence du Juge de Paix siégeant en matière de bail à loyer alors que la
présente affaire ne rentrerait pas dans le champ de compétence prévu à cet effet
par l’article 3°3 du Nouveau Code de procédure civile. Il s’agirait au contraire
d’une affaire purement civile.
Ensuite, PERSONNE2.) conclut à l’irrecevabilité de la requête introductive pour
défaut de compétence matérielle du Juge de Paix siégeant en matière d’occupation
sans droit ni titre respectivement de bail à loyer. Il s’agirait en effet d’une affaire
purement civile.
En dernier lieu, PERSONNE2.) a conclu à l’irrecevabilité de la requête
introductive alors que PERSONNE1.) aurait violé l’article 815-5 du Code civil
dans le sens où il ne rapporterait pas la preuve de l’accord de l’ensemble des co-
indivisaires de la maison d’habitation en question. En effet, alors que sa mère
accepterait toujours qu’il réside dans le logement en question, les co-indivisaires
n’auraient pas d’accord sur son déguerpissement, ce qui mettrait en péril l’intérêt
commun de l’indivision.
Quant au fond de la demande, l’ensemble des moyens et prétentions de
PERSONNE1.) sont contestées en bloc, sans que d’autres précisions n’aient été
fournies.
A titre reconventionnel, PERSONNE2.) sollicite l’allocation d’une indemnité de
procédure de 1.500 euros sur base de l’article 240 du Nouveau Code de Procédure
civile.
Cette demande reconventionnelle est contestée par PERSONNE1.).
L’appréciation du tribunal
L’article 3, 3° du Nouveau Code de procédure civile dispose que le juge de paix
est compétent pour connaître tant des « contestations entre bailleurs et locataires
relatives à l’existence et à l’exécution des baux d’immeubles » que des « demandes
en paiement d’indemnités d’occupation et en expulsion de lieux occupés sans droit,
qu’elles soient ou non la suite d’une convention ».
Le Tribunal de Paix siégeant en matière d’occupation sans droit ni titre est partant
compétent pour connaître du litige en question alors que la demande de
PERSONNE1.) tend justement à voir déclarer PERSONNE2.) occupant sans droit
ni titre et à voir ordonner son déguerpissement.
Ensuite, et quant à la recevabilité de la requête, il y a lieu de souligner que d’après
l’article 20 de la loi modifiée du 21 septembre 2006 sur le bail à usage d’habitation,
la demande portée devant le juge de paix conformément à l’article 3, 3° du
Nouveau Code de procédure civile sera formée par simple requête sur papier libre
à déposer au greffe de la justice de paix en autant d’exemplaires qu’il y a des parties
en cause.
PERSONNE2.) a conclu à l’irrecevabilité de la requête alors qu’il s’agirait d’une
affaire purement civile.
A ce titre, il y a lieu de citer la jurisprudence suivante:
« L’article 1er de la loi modifiée du 21 septembre 2006 sur le bail à usage
d’habitation prévoit que:
« (…)
(2) Sous réserve des dispositions des articles 16 à 18, la présente loi s’applique
exclusivement à la location, par un contrat de bail écrit ou verbal, de logements à
usage d’habitation à des personnes physiques, quelle que soit l’affectation stipulée
dans le contrat de bail, sauf opposition justifiée par le bailleur en cas de
réaffectation par le locataire en cours de contrat ».
Le paragraphe 2 de l’article 1er précité limite donc l’application de la loi modifiée
du 21 septembre 2006 à « la location, par un contrat de bail écrit ou verbal, de
logements à usage d’habitation à des personnes physiques ».
Etant donné qu’en l’espèce, les parties n’avaient pas conclu de bail, écrit ou
verbal, la loi modifiée du 21 septembre 2006 ne s’applique a priori pas à leur
situation.
L’article 19 de la loi modifiée du 21 septembre 2006 sur le bail à usage
d’habitation énonce que « le juge de paix est compétent, même si le titre est
contesté, pour connaître de toutes les contestations entre bailleurs et locataires
relatives à l’existence et à l’exécution des baux d’immeubles (…) ».
L’article 20 poursuit que « la demande portée devant le juge de paix conformément
à l’article 3, 3° du Nouveau Code de procédure civile sera formée par simple
requête sur papier libre à déposer au greffe de la justice de paix en autant
d’exemplaires qu’il y a de parties en cause ».
Il résulte de la lecture combinée de ces articles que le juge de paix « compétent
pour connaître des contestations entre bailleurs et locataires relatives à
l’existence et à l’exécution des baux d’immeubles » conformément à l’article 3, 3°
du nouveau code de procédure civile est saisi « par simple requête sur papier libre
».
La lecture que la société à responsabilité limitée […] fait des dispositions en
question, à savoir que le renvoi par l’article 20 aux dispositions de l’article 3, 3°
du nouveau code de procédure – prévoyant la compétence du juge de paix tant en
ce qui concerne les « contestations entre bailleurs et locataires relatives à
l’existence et à l’exécution des baux d’immeubles » qu’en ce qui concerne « les
demandes en paiement d’indemnités d’occupation et en expulsion de lieux occupés
sans droit, qu’elles soient ou non la suite d’une convention » - impliquerait la
possibilité de saisir le juge de paix par voie de requête en cas de « demande en
paiement d’indemnités d’occupation et en expulsion de lieux occupés sans droit »,
est partant à rejeter.
La préoccupation du législateur d’unifier la compétence du juge de paix en
matière de bail à loyer et en matière d’occupation sans droit ni titre invoquée par
la société à responsabilité limitée […] n’est pas remise en cause par la lecture que
fait le tribunal de céans des dispositions en question.
En effet, le juge de paix est compétent pour connaître tant des « contestations entre
bailleurs et locataires relatives à l’existence et à l’exécution des baux d’immeubles
» que des « demandes en paiement d’indemnités d’occupation et en expulsion de
lieux occupés sans droit, qu’elles soient ou non la suite d’une convention » tel que
le prévoit l’article 3, 3° du nouveau code de procédure.
Cependant, pour les « demandes en paiement d’indemnités d’occupation et en
expulsion de lieux occupés sans droit » qui ne sont pas la suite d’une convention,
devront être introduites par voie de citation à défaut de disposition dérogatoire
prévoyant la saisine par voie de requête.
La société à responsabilité limitée […] invoque encore que certaines demandes
relatives à des immeubles exclus du champ d’application de la loi modifiée du 21
septembre 2006, doivent être introduites par voie de requête.
En effet, les demandes relatives à certains contrats, expressément exclus du champ
d’application de la loi modifiée du 21 septembre 2006 par l’article 1er paragraphe
3, doivent être introduites par voie de requête.
Ledit article prévoit en son paragraphe 3 que
« La loi ne s’applique pas:
a) aux immeubles affectés à un usage commercial, administratif, industriel,
artisanal ou affectés à l’exercice d’une profession libérale;
b) aux résidences secondaires;
c) aux locaux ne formant pas l’accessoire du logement;
d) aux chambres d’hôtel;
e) aux structures d’hébergement réservées au logement provisoire d’étrangers
visés par la loi du 16 décembre 2008 concernant l’accueil et l’intégration des
étrangers au Grand-Duché de Luxembourg;
f) aux logements meublés ou non-meublés dans des structures d’hébergement
spéciales telles que maisons de retraite, centres intégrés pour personnes âgées,
centres de gériatrie, centres pour personnes handicapées, et notamment les
logements meublés ou non-meublés dans les structures d’hébergement tombant
sous la loi modifiée du 8 septembre 1998 réglant les relations entre l’Etat et
les organismes œuvrant dans les domaine social, familial et thérapeutique;
g) aux logements meublés ou non-meublés mis à disposition de personnes
physiques à titre d’aide sociale par un promoteur public au sens de l’article
16, alinéa 1er, de la loi modifiée du 25 février 1979 concernant l’aide au
logement, un office social, une association sans but lucratif, une fondation ou
une société d’impact sociétal régie par la loi modifiée du 12 décembre 2016
portant création des sociétés d’impact sociétal et dont le capital social est
constitué à 100 pour cent de parts d’impact, œuvrant dans le domaine du
logement.
Toutefois, pour les immeubles visés au point a), les dispositions prévues par le
chapitre V concernant le règlement des litiges et celles prévues par le chapitre VIII
concernant les dispositions finales, abrogatoires et transitoires sont applicables.
Pour les structures d’hébergement et logements visés aux points e), f) et g), les
dispositions prévues par le chapitre V concernant le règlement des litiges sont
applicables ».
Ainsi, les demandes concernant
* les « immeubles affectés à un usage commercial, administratif, industriel,
artisanal ou affectés à l’exercice d’une profession libérale » visées au point a),
* celles concernant les « structures d’hébergement réservées au logement
provisoire d’étrangers » visées au point e) ainsi que
* celles concernant les « logements meublés ou non-meublés dans des structures
d’hébergement spéciales », respectivement les « logements meublés ou non-
meublés mis à disposition de personnes physiques à titre d’aide sociale » visées
aux points f) et g),
doivent être introduites par voie de requête. En effet, pour ces immeubles, le
législateur a expressément prévu que « les dispositions prévues par le chapitre V
concernant le règlement des litiges » s’appliquaient.
Il n’existe cependant aucune disposition dérogatoire pour les « demandes en
paiement d’indemnités d’occupation et en expulsion de lieux occupés sans droit »
qui ne sont pas « la suite d’une convention » pour reprendre les termes de l’article
3, 3° du nouveau code de procédure civile.
C’est partant à juste titre que le juge de paix a retenu que la demande devait, en
l’espèce, être introduite par voie de citation et qu’il a déclaré la demande,
introduite par voie de requête, irrecevable ». (cf. Trib. d’arrondissement de et à
Luxembourg, IIIe chambre, jugement p du 8 novembre 2022, numéro du rôle:
TAL-2022-02632).
En l’espèce, les parties s’accordent quant au fait que les parties ne sont pas liées
par un quelconque contrat de bail.
Au vu des considérations en droit qui précèdent résultant du jugement précité et en
l’absence de tout contrat de bail entre parties, la procédure de saisine du juge de
paix par requête, dérogatoire au droit commun, prévue par la loi modifiée du 21
septembre 2006 sur le bail à usage d’habitation respectivement les dispositions
quant aux baux commerciaux ne trouvent pas à s’appliquer au présent litige tendant
à l’expulsion d’un prétendu occupant sans droit ni titre. Le litige est dès lors à
introduire par voie de citation et la demande de PERSONNE1.) introduite par voie
de requête est à déclarer irrecevable.
Aucune des parties n’établissant avoir rempli la condition d’iniquité requise par
l’article 240 du Nouveau Code de procédure civile, leurs demandes respectives en
allocation d’une indemnité de procédure sont à rejeter.
Les frais et dépens de l’instance sont à laisser à charge de PERSONNE1.).
P a r c e s m o t i f s :
Le Tribunal de Paix de et à Luxembourg, siégeant en matière d’occupation sans
droit ni titre, statuant contradictoirement et en premier ressort,
dit la demande de PERSONNE1.) irrecevable,
rejette les demandes respectives des parties en allocation d’une indemnité de
procédure,
laisse les frais et dépens de l’instance à charge de PERSONNE1.).
Ainsi fait, jugé et prononcé en audience publique extraordinaire par Nous, Paul
LAMBERT, juge de paix à Luxembourg, assisté de la greffière Natascha
CASULLI, avec laquelle Nous avons signé le présent jugement, le tout, date qu’en
tête.
Paul LAMBERT,
juge de paix
Natascha CASULLI,
greffière