Labor court declares incompetence when sole administrator claims employment status without subordination.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe labor court declared itself incompetent to hear a claim by a sole administrator seeking superprivileged creditor status in a bankruptcy. Although the administrator presented a contract and payslips, the court found no legal subordination existed between the administrator and the company. Consequently, the court ruled that the relationship was merely a statutory remuneration for office duties, not an employment contract, and dismissed the request to be admitted to the creditor list.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArt. 191 of the Commercial Companies Law; The mere existence of a contract and salary payments does not establish an employment relationship if no legal subordination exists between the sole administrator and the company.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IAJurisprudence citée
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
N°1252/2023
du 30.10.2023
Audience publique du 30 octobre 2023
Le tribunal du travail de la circonscription de Diekirch, arrondissement judiciaire
de Diekirch, Grand-Duché de Luxembourg, dans la composition
Sonja STREICHER
juge de paix, président
John BLUM
assesseur - salarié
Victor FAUTSCH
assesseur - employeur
Monique GLESENER
greffier
a rendu le jugement qui suit dans la cause entre
Maître Daniel BAULISCH, avocat à la Cour, demeurant à L-9242 Diekirch, 21,
rue Alexis Heck, agissant en sa qualité de curateur de la faillite de SOCIETE1.)
S.A., anciennement établie et ayant eu son siège social à L-ADRESSE1.),
prononcée par jugement du tribunal d’arrondissement de et à Diekirch, siégeant
en matière commerciale, rendu en date du 1er février 2023,
partie demanderesse, comparant en personne,
et
PERSONNE1.), sans état connu, demeurant actuellement à L-ADRESSE2.), et
ayant demeuré auparavant à L-ADRESSE1.),
partie défenderesse, comparant en personne.
______________________________________________________________
Procédure :
Sur base d'une requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en
date du 20 juillet 2023, les parties ont été convoquées par la voie du greffe à
comparaître devant le tribunal du travail de Diekirch à l'audience publique du
lundi, 16 octobre 2023 à 9.00 heures, en la salle des audiences de la justice de
paix de Diekirch, "Bei der aler Kiirch", pour y entendre statuer sur le mérite des
causes énoncées dans ladite requête.
A l’appel de la cause à l’audience publique du 16 octobre 2023, l’affaire a paru
utilement avec les débats comme suit:
Maître Daniel BAULISCH, ès-qualités, a exposé le sujet de l’affaire et fourni ses
moyens.
La partie défenderesse PERSONNE1.), personnellement présente, a fourni ses
réponses.
Sur ce tribunal a pris l’affaire en délibéré et il rend à l’audience de ce jour à
laquelle le prononcé avait été fixé
l e j u g e m e n t q u i s u i t :
Par requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en date du 20
juillet 2023, Maître Daniel BAULISCH, en sa qualité de curateur de SOCIETE1.)
S.A., déclarée en état de faillite par jugement rendu en date du 1er février 2023
par le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch, a fait convoquer
PERSONNE1.) à comparaître devant le tribunal de céans pour statuer sur le
mérite de la déclaration de créance déposée par celle-ci.
La requête, régulière en la forme, est recevable.
Suivant déclaration de créance n°
déposée au greffe du tribunal
d’arrondissement de et à Diekirch en date du 15 février 2023, PERSONNE1.)
a demandé à être admise au passif superprivilégié de la faillite pour la somme
de 18.962,55 euros.
Lors de la vérification des créances le curateur a contesté la créance.
Par jugement du 7 juin 2023, le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch,
siégeant en matière commerciale, a renvoyé les parties à se pourvoir devant le
tribunal du travail pour voir statuer sur les contestations émises par le curateur
à propos de la déclaration de créance par laquelle PERSONNE1.) a demandé
son admission au passif superprivilégié de ladite faillite.
Par requête déposée au greffe de la justice de paix de Diekirch en date du 20
juillet 2023, Maître Daniel BAULISCH, agissant en sa qualité de curateur de
SOCIETE1.) S.A., a régulièrement fait convoquer PERSONNE1.) devant le
tribunal du travail de céans pour voir statuer sur les contestations en cause.
A l’audience du 16 octobre 2023, Maître Daniel BAULISCH a déclaré avoir
contesté lors de la vérification des créances la déclaration de créance déposée
par PERSONNE1.), au motif que le lien de subordination inhérent à tout contrat
de travail ferait défaut.
Le curateur a plaidé que PERSONNE1.) aurait été administrateur unique de
SOCIETE1.) S.A., son époux ayant détenu l’intégralité des parts sociales.
Le contrat de travail signé entre parties aurait été établi pour des raisons de
sécurité juridique, mais le curateur conteste tout lien de subordination entre
PERSONNE1.) et la société en faillite.
PERSONNE1.) ne s’oppose pas aux contestations du curateur.
Si le cumul dans une même personne des fonctions de gérant ou
d’administrateur délégué et de celle d’employé privé est possible, il faut, pour
qu’une relation de travail existe, que le gérant ou l’administrateur-délégué
exerce une fonction technique distincte de son mandat social, fonction qu’il
remplit
sous
la
surveillance
et
l’autorité
permanentes
du
conseil
d’administration qui est en mesure d’exercer sur le préposé les pouvoirs qui
caractérisent le lien de subordination (cf. Cour, 29.05.1986, n° 8259, Araldo DI
CROLLA-LANZA
c/
curateur
de
la
faillite
S.A.
MEDIA
PRESS
INTERNATIONAL).
La réalité des fonctions distinctes est rarement admise dans une entreprise de
petite taille. En effet, les fonctions sociales auront une tendance inévitable à
absorber les fonctions salariales, par, notamment, l’atténuation, voire la
disparition, du lien de subordination, cette hypothèse valant essentiellement
pour les sociétés comptant peu de personnes.
En l’espèce, il résulte des éléments du dossier que suivant contrat de travail du
1er septembre 2019, PERSONNE1.) a été engagée par SOCIETE1.) S.A. en
tant que « Directrice administrative ». Son époux, PERSONNE2.) a signé ledit
contrat de travail en tant que représentant de la société SOCIETE1.) S.A.
Ledit contrat indique la durée de travail et le salaire de PERSONNE1.).
PERSONNE1.) s’est encore vue remettre tous les mois des fiches de salaire
indiquant le détail du salaire payé.
Dans la mesure où PERSONNE1.) se prévaut dès lors d’un contrat présentant
tous les éléments d’un contrat de travail, la charge de la preuve du caractère
fictif de ce contrat appartient, conformément aux règles ci-avant énoncées, au
curateur.
Le siège social de la société a été fixé au domicile des époux GROUPE1.) et
PERSONNE1.) a été nommée administrateur unique de la société avec pouvoir
de signature individuelle.
Le tribunal considère qu’en l’espèce, les circonstances ne sont pas de nature à
pouvoir faire admettre l’existence d’une relation salariée caractérisée par un
lien de subordination juridique.
De même, les tâches indiquées dans le contrat de travail peuvent également
être exercées dans le cadre de sa fonction statutaire d’administrateur unique et
ne relèvent pas nécessairement de l’exécution d’une tâche salariée accomplie
dans un lien de subordination.
Le fait pour PERSONNE1.) de s’être vue remettre des fiches de salaire et
d’avoir été rémunérée ne saurait porter à conséquence, le fait pour un
mandataire social d’être rémunéré, rémunération d’ailleurs prévue par l’article
191 de la loi modifiée du 10 août 1915 sur les sociétés commerciales, ne
suffisant pas pour conférer aux relations la nature d’un contrat de travail (Cour
d’appel, 25 juin 20X5, n°40805 du rôle).
Dans ces circonstances et en dépit du contrat de travail et des fiches de salaire,
il est établi que PERSONNE1.) – administrateur unique de la société – n’a pas
pu exécuter pour le compte de ladite société des prestations distinctes de celles
découlant de son mandat social dans un lien de subordination à l’égard d’un
responsable de cette société.
A défaut de lien de subordination, l’existence de la relation de travail requise
pour justifier la compétence du tribunal pour connaître des prétentions
salariales de PERSONNE1.) à l’égard de la société faillie en tant qu’employeur
n’est pas prouvée, de sorte que le tribunal du travail doit se déclarer
incompétent pour connaître de la demande en paiement dans le cadre de la
déclaration de créance.
P A R C E S M O T I F S
le tribunal du travail de Diekirch, siégeant en matière de contestations entre
salariés et employeurs, statuant contradictoirement à l’encontre de Maître
Daniel BAULISCH et de PERSONNE1.) et en premier ressort,
vu le jugement rendu par le tribunal d’arrondissement de et à Diekirch, siégeant
en matière commerciale, en date du 7 juin 2023,
reçoit la requête du curateur en la forme,
dit que les contestations du curateur au sujet de la déclaration de créance de
PERSONNE1.) sont fondées,
partant,
se déclare matériellement incompétent pour connaître des demandes en
paiement de PERSONNE1.) formulées dans sa déclaration de créance,
renvoie les parties à se pourvoir devant qui de droit,
condamne PERSONNE1.) aux frais et dépens de l’instance.
Ainsi fait, jugé et prononcé à l'audience publique dudit tribunal du travail de
Diekirch, en la salle des audiences de la justice de paix de Diekirch, "Bei der
aler Kiirch", date qu'en tête et ont le président et le greffier signé le jugement.