Appeal against medical negligence dismissed; damages calculation reopened for specific defendants.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe court dismissed the appeal against the two medical professionals but allowed the appeal against the hospital and insurance company. The appellants sought damages for loss of a loved one and suffering, while the defendants contested the amounts. The court revoked the previous closure order to permit detailed arguments on the specific damage claims.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArticles 1000 et suivants du Code de procédure civile; L'appel est partiellement fondé lorsque la décision est attaquée contre certaines parties mais non contre d'autres, obligeant la cour à réouvrir les débats pour examiner les demandes de dommages-intérêts en détail.
Mots-clés
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
Arrêt N° 89/20 - IX – CIV
Audience publique du neuf juillet deux mille vingt
Numéro 43451 du rôle
Composition:
Serge THILL, président de chambre,
Alain THORN, premier conseiller,
Danielle SCHWEITZER, premier conseiller,
Alexandra NICOLAS, greffier.
E n t r e :
1) PERSONNE1.), épouse de feu PERSONNE2.), demeurant à L-
ADRESSE1.),
2) PERSONNE3.), fille de feu PERSONNE2.), demeurant à L-
ADRESSE1.),
3) PERSONNE4.), fils de feu PERSONNE2.), demeurant à L-
ADRESSE1.),
agissant tant à titre personnel qu’à titre d’héritiers,
appelants aux termes d’un exploit de l'huissier de justice suppléant
Laura GEIGER, en remplacement de l’huissier de justice Carlos CALVO
de Luxembourg, du 7 mars 2016 et aux termes d’un exploit de l'huissier
de justice Georges WEBER de Diekirch du 7 mars 2016,
comparant par Maître Albert RODESCH, avocat à la Cour, demeurant à
Luxembourg,
e t :
1) l’établissement public HÔPITAL1.), ayant son siège à L-ADRESSE2.),
inscrit au registre de commerce de Luxembourg sous le numéro
NUMERO1.), représenté par son conseil d’administration actuellement
en fonctions, sinon par son organe représentatif actuellement en
fonctions,
intimé aux fins du susdit exploit WEBER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Marc WALCH, avocat à la Cour, demeurant à
Diekirch,
2)
l’établissement
public
CAISSE
NATIONALE
DE
SANTE,
anciennement UNION DES CAISSES DE MALADIE, établi et ayant son
siège social à L-ADRESSE3.), inscrit au registre de commerce et des
sociétés de Luxembourg sous le numéro J 21, représenté par le
président de son comité directeur actuellement en fonctions,
intimé aux fins du susdit exploit GEIGER du 7 mars 2016,
défaillant,
3) l’établissement public
CAISSE NATIONALE
D’ASSURANCE
PENSION, anciennement ETABLISSEMENT D’ASSURANCE CONTRE
LA VIEILLESSE ET L’INVALIDITE, établi et ayant son siège social à
L-ADRESSE4.), ayant repris l’instance pour l’ETABLISSEMENT
D’ASSURANCE CONTRE LA VIEILLESSE ET L’INVALIDITE, inscrit au
registre de commerce et des sociétés de Luxembourg sous le numéro J
35, représenté par le président de son comité directeur actuellement en
fonctions,
intimé aux fins du susdit exploit GEIGER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Alain BINGEN, avocat à la Cour, demeurant à
Diekirch,
4) PERSONNE5.), médecin-anesthésiste, demeurant à L-ADRESSE5.),
intimé aux fins du susdit exploit GEIGER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Claude SPEICHER, avocat à la Cour, demeurant
à Diekirch,
5) PERSONNE6.), médecin-chirurgien, demeurant à L-ADRESSE6.),
intimée aux fins du susdit exploit WEBER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Jean-Luc GONNER, avocat à la Cour, demeurant
à Diekirch,
6) l’établissement public ASSOCIATION D’ASSURANCE ACCIDENT,
établi à L-ADRESSE3.), inscrit au registre de commerce et des sociétés
de Luxembourg sous le numéro J 16, représenté par le président du
comité directeur en fonctions,
intimé aux fins du susdit exploit GEIGER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Alain BINGEN, avocat à la Cour, demeurant à
Diekirch,
7) la compagnie d’assurances SOCIETE1.) S.A., établie et ayant son
siège social à L-ADRESSE7.), inscrite au registre de commerce et des
sociétés de Luxembourg sous le numéro NUMERO2.), représentée par
son conseil d’administration actuellement en fonctions,
intimée aux fins du susdit exploit GEIGER du 7 mars 2016,
comparant par Maître Danièle WAGNER, avocat à la Cour, demeurant à
Diekirch.
L A C O U R D ' A P P E L :
Statuant sur un appel de
PERSONNE1.),
PERSONNE3.)
et
PERSONNE4.) contre un jugement du tribunal d’arrondissement de
Diekirch du 20 octobre 2015, la Cour d’appel a, par un arrêt du 17 mai
2018, reçu l’appel principal et l’appel incident, rejeté le moyen du libellé
obscur, ordonné la révocation de l’ordonnance de clôture de l’instruction
et la réouverture des débats pour permettre aux parties appelantes de
fournir des précisions dans le cadre de la demande en responsabilité
dirigée contre le HÔPITAL1.) (ci-après la CLINIQUE) et aux parties
intimées d’y prendre position.
Conformément aux dispositions de l’article 2 (2) du règlement grand-
ducal du 17 avril 2020 relatif à la tenue d’audiences publiques pendant
l’état de crise, les mandataires des parties ont été informés par écrit le
14 mai 2020 que l’affaire serait prise en délibéré à l’audience du 28 mai
2020, que cette audience serait tenue par le président de chambre Serge
THILL et que l’arrêt serait rendu par le président de chambre Serge
THILL, le premier conseiller Alain THORN et le premier conseiller
Danielle SCHWEITZER.
Les mandataires des parties ayant informé la Cour qu’ils n’entendaient
pas plaider l’affaire, et les fardes de procédure ayant été déposées au
greffe, l’audience a été tenue à la date indiquée, suivant les modalités
annoncées aux parties.
Le président de chambre Serge THILL a pris l’affaire en délibéré et a fixé
le prononcé de l’arrêt au 9 juillet 2020.
En date du 18 juin 2020, le président de chambre Serge THILL a
prononcé la révocation de l’ordonnance de clôture du 8 janvier 2020 pour
permettre aux parties de
verser l’étude critique du docteur
PERSONNE7.) du 14 avril 1999.
Conformément aux dispositions de l’article 2 (2) de la loi du 20 juin 2020
portant prorogation de mesures concernant la tenue d’audiences
publiques pendant l’état de crise, les mandataires des parties ont été
informés par écrit le 26 juin 2020 que l’affaire serait reprise en délibéré à
l’audience du 2 juillet 2020, que cette audience serait tenue par le
président de chambre Serge THILL et que l’arrêt serait rendu par le
président de chambre Serge THILL, le premier conseiller Alain THORN
et le premier conseiller Danielle SCHWEITZER.
Les mandataires des parties ayant informé la Cour qu’ils n’entendaient
pas plaider l’affaire, et les fardes de procédure ayant été déposées au
greffe, l’audience a été tenue à la date indiquée, suivant les modalités
annoncées aux parties.
Le président de chambre Serge THILL a pris l’affaire en délibéré et a fixé
le prononcé de l’arrêt au 9 juillet 2020.
Les mandataires des parties ont été informés par écrit de la composition
de la Cour et de la date du prononcé.
Le magistrat ayant présidé l’audience a rendu compte à la Cour dans son
délibéré.
Rappel des faits
PERSONNE2.) a été blessé lors d’un accident de la circulation en date
du 20 juin 1996. Il a été pris en charge en urgence à la CLINIQUE par le
docteur PERSONNE6.), médecin spécialiste en chirurgie et par le
docteur PERSONNE8.), médecin spécialiste en neurologie. Suite à un
coma stade 1, il a été admis au service de réanimation où il a repris
conscience rapidement. Le diagnostic des lésions à l’admission était une
commotion cérébrale grave avec traumatisme crânien frontal, une
fracture du tiers moyen de la clavicule gauche et une fracture bifocale de
la mandibule pré-angulaire droite et angulaire gauche. Un scanner
cérébral du 26 juin 1996 a montré un discret œdème cérébral avec un
hématome frontal de dimension réduite.
La fracture de la clavicule a bénéficié d’un traitement conservateur,
tandis que la fracture de la mandibule a été opérée par ostéosynthèse
plaque le 26 juin 1996 et mise en place d’un blocage maxillaire
immobilisant les arcades dentaires par des ligatures métalliques entre
les arcs créant une situation de bouche fermée.
Le patient est retourné aux soins intensifs après l’opération chirurgicale.
Il était conscient le 27 juin 1996.
Le 28 juin 1996, il a été transféré du service des soins intensifs vers
l’unité de soins normaux. Dans la nuit du vendredi 29 juin au samedi 30
juin 1996, il a été victime d’un arrêt cardiaque apparemment sur
aspiration de liquide gastrique. Après un massage cardiaque et une
intubation, il ne s’est plus remis des séquelles de l’arrêt cardio-
respiratoire et est tombé dans un état de coma vigil. Il est décédé le
DATE1.).
Les docteurs PERSONNE5.) et PERSONNE6.) de même que la
CLINIQUE ont été assignés pour voir engager leur responsabilité en
relation avec l’état comateux et le décès en cours de procédure
d’PERSONNE2.).
En première instance, la demande a été déclarée non fondée sur toutes
les bases invoquées.
Les moyens de procédure ont été tranchés par l’arrêt du 17 mai 2018,
de sorte qu’il n’y a plus lieu d’y revenir.
Les responsabilités
Les parties appelantes soutiennent, comme en première instance, que
l’état comateux et le décès consécutif d’PERSONNE2.) sont dus à des
fautes professionnelles des médecins PERSONNE5.) et PERSONNE6.)
et au non-respect des obligations de sécurité, de surveillance et de bons
soins par la CLINIQUE.
Ils critiquent le jugement de première instance en ce que leur demande
a été rejetée puisque selon le rapport d’expertise des professeurs
Bernard GRIBOMONT et Michel STRICKER, il y aurait une « certitude
clinique et radiologique d’une pneumopathie de déglutition, syndrome de
Mendelsohn, reconnue sur les écrits des médecins anesthésiques ; la
fausse déglutition de liquide gastrique ayant entraîné une hypoxie et un
arrêt cardiaque », ainsi qu’une « certitude d’une perte de chances pour
le blessé [à savoir] :
perte de chances relevant d’une concordance des faits :
- une méconnaissance ou sous-estimation du risque réel encouru par le
blessé lors de son transfert des soins intensifs à l’étage,
- une mésestimation du risque présenté par l’évolution du blessé en
chambre, bloqué bouche fermée, ayant présenté un épisode d’apnée au
changement de position et manifestant des troubles digestifs itératifs,
- le défaut d’organisation et la dilution de la responsabilité dans le suivi
du blessé, pour lequel on relève :
la pauvreté des écrits,
l’illogisme de la conduite en chambre. »
Les docteurs PERSONNE5.) et PERSONNE6.) auraient participé à la
décision fatale du transfert en chambre, de sorte que leur responsabilité
serait engagée.
A l’égard de la CLINIQUE, les appelants invoquent, outre le non-respect
des obligations de sécurité, de surveillance et de bons soins, la loi du 27
février 1986 concernant l’aide médicale urgente pour en tirer la
conclusion que la CLINIQUE ne saurait se retrancher derrière la seule
responsabilité des médecins. Ils estiment que la CLINIQUE s’est
immiscée dans le parcours médical d’PERSONNE2.). La décision de
transfert en chambre aurait été prise pour libérer un lit en soins intensifs.
Or, la CLINIQUE devrait mettre à disposition un nombre de lits adaptés.
Le changement de literie aurait entraîné un épisode d’apnée en
décubitus latéral. Ce changement de lit ne serait pas un acte médical
dont la responsabilité serait à attribuer au médecin. Une infirmière sans
expérience aurait pris son service le jour fatidique. Ce serait l’infirmière
des soins intensifs qui
serait intervenue. Le rapport d’expertise
GRIBOMONT et STRICKER aurait caractérisé un défaut sérieux dans la
qualité du service mis à disposition.
Il convient d’abord de relever que la nature de la responsabilité médicale
dépend essentiellement du statut juridique du médecin qui prodigue des
soins au malade. Le médecin exerce en principe une profession libérale,
soit seul ou en association avec des confrères dans le cadre d’un cabinet
médical, soit dans l’enceinte d’un hôpital fonctionnant, en règle générale,
suivant le régime hospitalier dit « ouvert », ce qui signifie que l’hôpital en
soi n’a pas de patients et se borne à mettre son personnel et ses services
à la disposition des médecins exerçant en son sein. L’hôpital ne fournit
que l’environnement matériel et le support et prête, en quelque sorte, son
personnel au médecin (Georges RAVARANI, La responsabilité civile des
personnes privées et publiques, 3e édition, Pasicrisie luxembourgeoise,
2014, n° 653).
Hormis des situations exceptionnelles, comme celle où le patient se
trouve
dans
l’impossibilité
d’exprimer
son
consentement,
la
responsabilité du médecin à son égard est contractuelle (Georges
RAVARANI, précité, n° 654).
Au vu des pièces produites en cause, la CLINIQUE fonctionne sous le
régime hospitalier ouvert. Les médecins y exercent dans le cadre d’un
contrat d’agrément. Les contrats d’agrément signés entre la CLINIQUE
et les docteurs PERSONNE5.) et PERSONNE6.) figurent parmi les
pièces produites en cause.
Aux termes de l’article 2 de ces contrats, le médecin agréé travaille à la
CLINIQUE en régime libéral, non salarié. Sous réserve des dispositions
légales, réglementaires et statutaires, le médecin exercera son activité
médicale en toute indépendance professionnelle et sous sa propre
responsabilité.
Etant donné qu’il est admis en cause que le patient, certes admis en
urgence, a donné son consentement à l’opération, c’est à juste titre que
le tribunal de première instance a dit que deux contrats se sont formés ;
un entre le patient et ses médecins et l’autre entre le patient et la
CLINIQUE.
Chaque professionnel de santé est amené à répondre des fautes qu’il a
personnellement commises.
Toutefois, lorsque le médecin est considéré comme le chef d’une équipe
médicale, sa responsabilité est parfois engagée à propos d’actes qu’il n’a
pas accompli lui-même. Sa responsabilité est alors liée au fait que le
patient n’a pas contracté avec chacun des membres de l’équipe, mais
seulement avec lui et « qu’il doit répondre de personnes qu’il se substitue
en dehors du consentement de son patient pour l’accomplissement d’une
partie inséparable de son obligation » (Cass. civ. 1ère, 9 octobre 1984,
Bull. n° 251).
Cependant, même dans le cas où le patient a contracté avec d’autres
médecins de l’équipe et où il n’existe pas de lien de subordination au sein
de celle-ci, le médecin peut engager sa responsabilité en l’absence de
prudence et de diligence quant au domaine de compétence du praticien
avec lequel il a concouru à une intervention, dans la mesure où il a
manqué à ses devoirs généraux (Cass. Civ. 1ère, 27 mai 1998, Bull.
n° 187).
Le médecin peut être tenu des fautes commises par des membres du
personnel de l’établissement de santé. En vertu de l’indépendance
professionnelle dont le médecin bénéficie dans l’exercice de son art, il
répond des fautes commises au préjudice des patients par les personnes
qui l’assistent lors d’un acte médical d’investigation ou de soins, alors
même que ces personnes seraient les préposées de l’établissement de
soins où il exerce (Cass. civ. 1ère, 13 mars 2001, Bull. n° 72). Ces
dernières agissent, en effet, dans ce cas, sous son contrôle direct et non
sous le contrôle de l’établissement qui les emploie.
Selon le rapport des professeurs Bernard GRIBOMONT et Michel
STRICKER, nommés par jugement correctionnel du 14 mai 1998 du
tribunal de Diekirch, le déroulement des faits à la CLINIQUE est à diviser
en trois périodes ; une période préopératoire, une période opératoire et
postopératoire immédiate et une période postopératoire tardive.
En ce qui concerne la période préopératoire, les experts ont retenu
qu’PERSONNE2.) présentait un polytraumatisme sévère avec des
antécédents médicaux, à savoir un traumatisme crânien occipital et une
image thoracique de surcharge bronchique au niveau des hiles.
Ils ont exposé que « le blessé, amené par le SAMU, a été pris en charge
immédiatement, selon les règles, par Mme le Dr. PERSONNE6.),
chirurgien de garde le 20.06.1996, qui a procédé à la suture d’une plaie
du poignet et a fait pratiquer un bilan radiologique montrant :
- une fracture du tiers moyen de la clavicule gauche,
- une fracture bifocale de la mandibule pré-angulaire droite et angulaire
gauche.
Le blessé était inconscient, en coma Stade 1, réactif, mais motivant son
hospitalisation en service de réanimation et un examen par le Dr.
PERSONNE8.), Neurologue.
Un scanner cérébral réalisé en date du 25 juin, montrant un discret
œdème cérébral avec un hématome frontal gauche de dimensions
extrêmement réduites.
Le blessé a repris conscience ; il est informé et donne son accord pour
le traitement de la fracture de la mandibule par voie d’accès cutanée
sous-mandibulaire. »
Pour la seconde phase opératoire et postopératoire immédiate, les
experts ont retenu :
« L’indication du protocole chirurgical de traitement de la fracture de
mandibule est donnée par le Dr.
PERSONNE9.), stomatologiste
consultant, sur présentation des radiographies par Mme le Dr.
PERSONNE10.), laquelle effectue l’intervention le 26 juin, de 13 H à 17
H, sous anesthésie générale. Les fractures sont contenues par deux
mini-plaques métalliques vissées et la contention est complétée par la
mise en place d’un blocage inter-maxillaire sur arcs, arrimés aux dents,
immobilisant les arcades dentaires par des ligatures métalliques entre
les arcs, ce qui crée une situation de BOUCHE FERMEE.
[…] Le patient est conscient le lendemain jeudi 27 juin et il est mis au
fauteuil. Il est porteur d’une sonde nasale d’alimentation.
[…]
Le vendredi, 28 juin, le blessé est fébrile, ainsi qu’en témoigne la feuille
de température ; ce qui motive une hémoculture, il présente un déficit
respiratoire multifactoriel, en raison de la fracture de clavicule avec
contusion thoracique, de la prescription de sédatifs de type HALDOL par
le Dr. PERSONNE8.), en raison de son agitation et de son état
bronchique antérieur, dont témoigne la radiographie pulmonaire en date
du 20 avril 1996.
Le blessé est aspiré de façon répétée et on lui administre un ʹclapingʹ
journalier pour favoriser l’évacuation bronchique.
La décision de transfert du blessé des soins intensifs vers
l’hospitalisation en chambre est prise le vendredi 28 juin en soirée, pour,
semble-t-il, la nécessité de libérer un lit aux soins intensifs pour un
abdomen aigu. Cette décision aurait été prise de façon collégiale par le
Dr. PERSONNE5.), anesthésiste, le Dr. PERSONNE8.), neurologue
avec l’assentiment du Dr. PERSONNE10.), chirurgien O.R.L., ayant
traité la fracture et du Dr. PERSONNE6.). Il n’existe pas de document
écrit concernant le transfert.
Le transfert est effectué à 22 H 30 le vendredi 28 juin et il apparaît aux
experts que dans cette situation de nécessité, l’état réel du patient et le
risque inhérent, ont été mésestimés. Par ailleurs, l’examen des feuilles
de température montre un certain flou dans la chronologie ; la feuille de
température est illisible en 3 points en date du 28 juin et la feuille de
réanimation s’interrompt le 28 juin à 19 H. »
Les experts ont retenu pour la période postopératoire tardive que :« le
service d’étage de 24 lits est géré en période de nuit par une infirmière,
une aide-soignante avec, en outre, une infirmière joignable par ʹbipʹ pour
l’ensemble de la clinique.
L’infirmière de nuit prend son service à 22 H, après avoir recueilli un
rapport oral sur l’état des patients par l’infirmière de jour, en poste de
14 H à 22 H.
Les déclarations, concernant la journée du 29 juin et la nuit du 29 juin au
30 juin, sont imprécises, voire contradictoires, en particulier, il est fait état
sur le dossier d’un appel à Mme le Dr. PERSONNE6.) à 20 H le samedi
29 ; ceci est dénié par l’intéressée.
Mr PERSONNE2.) a été vu le samedi 29 juin dans la matinée par Mme
le Dr. PERSONNE10.), il était encombré, requérait une aspiration
fréquente de glaires, mais selon ce praticien, son état n’inspirait pas
d’inquiétude.
Au cours de la journée, il était agité et a présenté des épisodes de
vomissements en début d’après-midi. Il a été revu par Mme le Dr.
PERSONNE10.) en fin de journée selon les déclarations de Mme
PERSONNE11.), infirmière de jour l’après-midi.
Mme PERSONNE11.), déclare, par ailleurs, […] : ʹle patient n’aurait pas
dû être à l’étage, il aurait dû être aux soins intensifsʹ.
L’état du blessé s’est dégradé dans la soirée avec des épisodes de
vomissements, de débâcle diarrhéique à répétition et… fait important,
lors de la mobilisation du patient pour changer la literie, il a présenté un
épisode d’APNEE en décubitus latéral ; ce qui aurait motivé, aux dires
de Mme PERSONNE12.), aide-soignante de nuit à l’étage, un appel à Mr
le Dr. PERSONNE13.), médecin anesthésiste.
Au cours de la nuit, selon un horaire discordant :
3 H 45 selon la sœur du patient,
4 H 30 selon Mme PERSONNE14.), infirmière de nuit,
le patient réitère un épisode d’apnée, déclenche un arrêt respiratoire et
un arrêt cardiaque.
Le blocage intermaxillaire est levé par l’infirmière, le blessé est intubé
par l’infirmière des soins intensifs, Mme PERSONNE15.). Les infirmières
déclarent qu’il n’y a pas eu de nécessité d’aspirer dans la bouche. Un
massage cardiaque est institué pendant 7 minutes.
Après intubation, une quantité non négligeable de liquide gastrique est
aspiré par le tube endotrachéal (rapport du Dr. PERSONNE13.) en date
du 12 août 1996).
Le blessé est trachéotomisé le 1er août. »
Ces experts ont conclu comme suit :
« * à la certitude clinique et radiologique d’une pneumopathie de
déglutition, syndrome de Mendelsohn, reconnue sur les écrits des
médecins anesthésiques, la fausse déglutition de liquide gastrique ayant
entraîné une hypoxie et un arrêt cardiaque.
Cette certitude est en contradiction avec la relation des circonstances de
l’arrêt cardiaque, faites par les infirmières,
* à la certitude d’une perte de chances pour le blessé : perte de chances
relevant d’une concordance des faits :
- une méconnaissance ou sous-estimation du risque réel encouru par le
blessé lors de son transfert des soins intensifs à l’étage,
- une mésestimation du risque présenté par l’évolution du blessé en
chambre, bloqué bouche fermée, ayant présenté un épisode d’apnée au
changement de position et manifestant des troubles digestifs itératifs,
- le défaut d’organisation et la dilution de la responsabilité dans le suivi
du blessé, pour lequel on relève :
la pauvreté des écrits,
l’illogisme de la conduite en chambre. »
Dans un document intitulé « ETUDE CRITIQUE DU RAPPORT
D’EXPERTISE des Prof. Stricker et Gribomont dans l’affaire
PERSONNE6.) et PERSONNE10.) contre PERSONNE2.) », établi le 14
avril 1999, le docteur PERSONNE7.) a retenu :
« Le Dr PERSONNE16.), chirurgien de garde, a assuré le traitement
d’urgence à l’admission de l’accidenté :
suture de la plaie/bilan radiologique.
Cette prise en charge était faite ʹselon les règlesʹ pour reprendre les
termes exacts des experts.
Les lésions neurologiques ont dominé le tableau clinique. Le Dr
PERSONNE16.) s’est déchargée de la responsabilité en adressant le
patient au neurologue, Dr PERSONNE8.), et à l’anesthésiste de service.
Le patient est placé en salle de réanimation.
Pendant
la période du 20.06.1996 au 25.06.1996, Monsieur
PERSONNE2.) est traité en réanimation par l’anesthésiste-réanimateur
et par le neurologue, Dr PERSONNE8.) (confère scanner cérébral du
25.06.1996).
L’évolution est favorable sans complication.
Le 26.06.1996, Monsieur
PERSONNE2.)
subit une intervention
chirurgicale sur les fractures de la mandibule. Le Dr PERSONNE10.),
médecin spécialiste en ORL, s’est occupée du suivi de cette fracture et
fait venir le Dr
PERSONNE9.), stomatologue, qui a réalisé
l’ostéosynthèse des deux fractures du maxillaire inférieur par deux
miniplaques et a procédé à un blocage intermaxillaire par fil de fer
assurant une bonne adaptation de l’articulé dentaire mais créant ʹune
situation de bouche ferméeʹ critiquée par les experts.
Le Dr PERSONNE10.) a continué à assurer le suivi post-opératoire de
cette intervention.
Le 27.06.1996, […]. Le patient est sous antibiotiques […] depuis son
admission, porte une sonde nasale par laquelle il est alimenté par des
aliments liquides.
Le 28.06.1996, Monsieur PERSONNE2.) est fébrile. Il présente un déficit
respiratoire multi-factoriel par
encombrement bronchique (aspiration fréquente - clapping)
broncho-pneumopathie préexistante
contusion thoracique et fracture de la clavicule gauche
sédation neurologique.
La décision de transfert de la réanimation en chambre à deux lits vers
22h30 a été prise, semble-t-il, de concert par Dr PERSONNE5.),
réanimateur, Dr PERSONNE8.), neurologue, Dr PERSONNE10.), ORL,
Dr PERSONNE16.), chirurgien.
Le 29.06.1996, Monsieur PERSONNE2.) est encombré nécessitant des
aspirations fréquentes de glaires. Il est agité. Il est vu par le Dr
PERSONNE10.), ORL, en matinée et revu en après-midi.
Le blocage maxillaire n’est pas levé.
Pendant la soirée, l’état de Monsieur PERSONNE2.) s’est dégradé avec
vomissements, débâcles diarrhéiques, insuffisance respiratoire et
probablement apnée.
Déclaration discordante concernant l’appel de l’anesthésiste, Dr
PERSONNE17.).
Arrêt respiratoire et arrêt cardiaque traités par l’infirmière de la station et
par l’infirmière des soins intensifs selon les règles de l’art :
blocage intermaxillaire levé
intubation et libération des voies aériennes (contenu gastrique
aspiré)
massage cardiaque pendant 7 minutes ce qui représente un laps
de temps très long avant la reprise des fonctions cardio-
respiratoires. »
Pour ce médecin, « il est établi avec certitude que l’arrêt cardiaque est
une conséquence de l’aspiration de liquide gastrique ce qui est connu
sous l’expression de ʹsyndrome de Mendelsonʹ qui est défini comme
reflux ou aspiration du liquide gastrique acide dans les bronches », ladite
aspiration pouvant être provoquée, entre autres, par « l’impossibilité
d’évacuer les matières vomies (bouche fermée) ».
De plus, « l’arrêt cardiaque est responsable de l’état clinique grave de
totale dépendance du patient
PERSONNE2.)
sans amélioration
prévisible ».
Dans un rapport d’expertise dressé le 16 avril 2009 par Maître Paul
WINANDY et le docteur Marc KAYSER, avec l’assistance du docteur Pit
BUCHLER, nommés experts judiciaires par un jugement rendu le 3 avril
2003 par le tribunal d’arrondissement de Diekirch, les experts ont retenu
que l’intervention chirurgicale par ostéosynthèse de la mandibule a eu
lieu en date du 26 juin 1996, qu’après l’accident, qu’avant et après
l’intervention chirurgicale, PERSONNE2.) a été surveillé au service de
réanimation, que le patient était transféré le 28 juin 1996 du service de
réanimation chirurgicale au service des soins normaux, que dans la nuit
du 29 juin au 30 juin 1996, PERSONNE2.) a été victime d’un deuxième
épisode d’arrêt respiratoire associé à un arrêt cardiaque, que malgré des
soins donnés par intubation et massages cardiaques, il ne s’est plus
remis des séquelles de cet arrêt cardio-respiratoire et s’est trouvé, depuis
cet incident, dans un état de coma vigil et que cet état de coma vigil n’a
jamais changé jusqu’à sa mort.
Ces experts ont conclu que « les lésions de l’accident du 20.06.1996,
certes graves, ont pris par après une évolution bénigne avec prise de
conscience assez rapide », de sorte que « l’état de coma vigil de Mr
PERSONNE2.) n’est pas à mettre en rapport avec l’accident de la voie
publique, mais avec la situation postopératoire notamment lors du
transfert du service de réanimation vers les soins normaux ».
Parmi les pièces versées se trouve encore le « compte rendu
opératoire » du 3 juillet 1996, établi par le docteur PERSONNE10.), qui
indique comme opérateur « DR PERSONNE9.) - DR PERSONNE10.) »
et comme anesthésiste « DR PERSONNE13.) » et qui renseigne
« opération : double ostéosynthèse de la mandibule ».
Une IRM a été pratiquée le 11 juillet 1996 par le docteur PERSONNE18.)
du HÔPITAL2.).
Dans un rapport du 12 août 1996, le docteur PERSONNE17.) a précisé
que suite à l’accident de la circulation du 20 juin 1996, PERSONNE2.)
se trouvait en coma superficiel de stade 1, le scanner ayant montré un
discret œdème cérébral avec minuscule hématome au niveau du lobe
frontal gauche. Il
était admis en réanimation pour surveillance
neurologique. Par manque de place en réanimation, PERSONNE2.) a
été transféré le 23 juin 1996 à l’unité de réanimation médicale où il
demeura jusqu’au 24 juin 1996. La fracture mandibulaire a été traitée par
ostéosynthèse et blocage intermaxillaire le 26 juin 1996. La surveillance
postopératoire au service de réanimation médicale se terminait le 28 juin
1996, jour de son transfert dans l’unité ORL.
Le 30 juin 1996 vers 04.50 heures, PERSONNE2.) a fait, après une
dyspnée croissante, un arrêt cardio-respiratoire. Il a été rapidement
intubé et a subi un massage cardiaque d’environ 7 à 10 minutes avant
de reprendre une activité cardiaque. PERSONNE17.) a précisé qu’«
après intubation, nous avons pu aspirer une quantité non négligeable de
liquide gastrique à travers du tube endotrachéal. Nous reprenons le
patient dans notre service de réanimation.
Vu l’état neurologique du patient, il fut trachéotomisé le 03.07. (Dr.
PERSONNE10.)).
En ce qui concerne l’évolution neurologique du patient, nous nous
permettons de nous référer à la lettre du neurologue traitant, Dr.
PERSONNE8.).
Il y aura transfert du patient ʹau Centre de réadaptation à ADRESSE8.)
le 20.08.1996ʹ. »
Sur le rapport hospitalier produit en cause ne figure aucune indication en
ce qui concerne la journée du 28 juin 1996, date à laquelle le transfert
d’PERSONNE2.) de l’unité de soins intensifs vers l’hospitalisation en
chambre s’est fait.
Le docteur PERSONNE5.) conteste toute responsabilité dans son chef.
Il n’aurait pris aucune décision concernant la victime, ni seul ni au sein
de l’équipe médicale des soins intensifs. Le seul document dans lequel
figure son nom serait le rapport des professeurs GRIBOMONT et
STRICKER. L’affirmation selon laquelle il aurait participé à la décision
collégiale de transfert serait purement gratuite, car basée sur aucun fait
concret.
Au vu des conclusions des experts, il est établi que l’état de coma vigil
d’PERSONNE2.) s’est produit à la suite du transfert du service de
réanimation vers les soins normaux.
Il ne résulte cependant d’aucun élément du dossier et il n’est pas offert
en preuve que le docteur PERSONNE5.) soit intervenu sur le patient en
salle de réanimation ou qu’il ait pris ou participé à la décision de transfert
en chambre. Aux termes du rapport des professeurs GRIBOMONT et
STRICKER, la décision de transfert aurait été prise de façon collégiale
par les docteurs PERSONNE5.), PERSONNE8.), PERSONNE10.) et
PERSONNE6.). Selon le rapport du docteur PERSONNE7.), qui s’est
basé sur les données du rapport GRIBOMONT et STRICKER, il semble
que cette décision ait été prise de concert par les médecins
PERSONNE5.), PERSONNE8.), PERSONNE10.) et PERSONNE6.). Il
n’existe cependant aucune certitude selon laquelle la décision aurait été
prise par le docteur PERSONNE5.) ou de manière collégiale avec le
docteur PERSONNE5.). Il s’y ajoute qu’il n’est pas établi que le docteur
PERSONNE5.) soit intervenu d’une quelconque manière sur le patient
par après en chambre.
Dans ces conditions, c’est à juste titre que la demande a été déclarée
non fondée à son égard.
En ce qui concerne le docteur PERSONNE6.), il est établi qu’elle a pris
le patient en charge suite à son accident. Comme pour le docteur
PERSONNE5.), il ne résulte d’aucun des éléments du dossier qu’elle ait
participé à la décision de transfert en chambre ou qu’elle soit intervenue
sur le patient lors de son séjour en chambre. Il résulte, au contraire, des
rapports d’expertise et des pièces versées qu’en tant que chirurgien de
garde, elle s’est occupée du patient lors de son arrivée en urgence,
qu’elle s’est occupée de la fracture claviculaire, qu’elle a procédé à la
suture d’une plaie au poignet et qu’elle a fait pratiquer un bilan
radiologique. Au vu des résultats, le patient a été transféré au service de
réanimation. Dès ce moment, elle n’était plus engagée dans le suivi du
patient. Le suivi neurologique a été fait par le docteur PERSONNE8.).
L’opération de la fracture de la mandibule a, suivant le compte rendu
opératoire, été faite par les docteurs PERSONNE9.) et PERSONNE10.)
ensemble avec le docteur PERSONNE13.), médecin spécialiste en
réanimation-anesthésie. Le traitement postopératoire de l’opération de
stomatologie incombait à ces médecins. En ce qui concerne la journée
du 29 juin et la nuit du 29 au 30 juin 1996, les déclarations sont
contradictoires. S’il est fait état sur le dossier médical, d’un appel à
PERSONNE6.), chirurgien de garde - ce qu’elle conteste - les experts
retiennent en même temps qu’il est regrettable que ce médecin n’ait pas
été appelé. Selon le docteur PERSONNE7.), il aurait été fait appel au
docteur PERSONNE13.) et non pas au docteur PERSONNE6.).
Dans ces conditions, il n’est pas établi que pendant la nuit du 29 au 30
juin
1996, le personnel soignant aurait fait appel au docteur
PERSONNE6.) et que ce médecin aurait fait une faute de nature à
engager sa responsabilité professionnelle.
C’est partant à juste titre que la demande a été déclarée non fondée à
son égard en première instance.
La CLINIQUE conclut d’abord à l’inapplicabilité de la loi du 27 février
1986 concernant l’aide médicale urgente. Cette loi serait inopérante pour
tous soins et actes posés postérieurement à l’admission du patient.
La loi du 27 février 1986 précitée prévoit en son article 1er qu’elle a pour
objet de réglementer le transport des urgences vers les établissements
hospitaliers et d’organiser le service d’aide médicale urgente.
Au vu des éléments du dossier, PERSONNE2.) a bénéficié des soins
urgents adéquats, de sorte que cette loi ne s’applique pas.
L’établissement de soins est tenu envers le patient hospitalisé d’un
certain nombre de prestations hôtelières. La clinique est également
responsable de l’organisation des soins. Le contrat d’hospitalisation et
de soins met à sa charge « l’obligation de donner des soins attentifs et
consciencieux » (Cass. Civ. 1ère, 18 juillet 2000, Bull. n° 220). Il s’agit des
soins courants nécessités par l’état des malades qui ne relèvent pas de
la compétence exclusive du médecin et que le personnel peut faire sans
être sous son contrôle. Ces soins incluent la surveillance de l’état de
santé du patient y compris, le cas échéant, celle de son comportement,
l’établissement devant prendre « les mesures nécessaires pour veiller à
la sécurité, les exigences afférentes à cette obligation étant fonction de
l’état du patient » (Cass. Civ., 18 juillet 2000, Bull. n° 221). La
surveillance doit être accrue en cas d’agitation particulière du malade.
A ce titre, il doit mettre à la disposition des patients un personnel médical
et paramédical qualifié et compétent.
La responsabilité des établissements de soins se trouve engagée pour
faute simple chaque fois que des erreurs sont commises dans
l’organisation et le fonctionnement du service. L’établissement de soins
a, à l’égard de ses patients, une obligation de surveillance qui est de
moyens. Dès lors, lorsque le patient ou les tiers au contrat contestent
l’organisation des soins ou la compétence du personnel ou la qualité des
soins reçus, il leur appartient d’établir l’existence d’une faute de
l’établissement et d’un dommage, ainsi que celle d’un lien de causalité
entre eux. En ce qui concerne l’obligation de sécurité mise à charge des
établissements de soins, il s’agit également d’une obligation de moyens
sauf en ce qui concerne les cas d’infections nosocomiales et de
fourniture de produits de santé, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.
C’est à juste titre que la CLINIQUE et son assureur font valoir que la
décision de conduite d’un patient en chambre ou de son maintien en
soins intensifs est une décision médicale qui relève des médecins et non
d’un organe de la CLINIQUE.
Même si en l’espèce il n’est, au vu des éléments du dossier, pas possible
de déterminer qui a donné l’ordre de transfert en chambre, il faut
admettre que le personnel a transféré le patient après avoir reçu un ordre
formel de transfert des soins intensifs à l’étage en chambre normale.
Il n’est, en outre, au vu des contestations de la CLINIQUE, pas prouvé
que ce transfert s’est fait pour libérer un lit en soins intensifs pour un
autre patient. Si le docteur PERSONNE13.) a noté dans son rapport du
12 août 1996 que le 23 juin 1996, le patient a été transféré à l’unité de
réanimation médicale où il est demeuré jusqu’au 24 juin 1996, il n’en
résulte pas que le transfert du service de réanimation à l’étage en date
du 28 juin 1996 s’est fait par manque de place. Si les experts
GRIBOMONT et STRICKER ont noté que « la décision de transfert du
blessé des soins intensifs vers l’hospitalisation en chambre est prise le
vendredi 28 juin en soirée, pour semble-t-il la nécessité de libérer un lit
aux soins intensifs pour un abdomen aigu », il n’existe aucune certitude
à ce sujet.
Il n’est, dès lors, en l’absence d’autres éléments précis, pas prouvé que
la CLINIQUE ait commis une faute dans la gestion de ses lits.
En ce qui concerne la journée du 29 juin 1996, il convient de rappeler
que les experts sont unanimes en ce qu’PERSONNE2.) souffrait
d’encombrement bronchique, nécessitant des aspirations fréquentes de
glaires, qu’il était vu par le Docteur PERSONNE10.), ORL, en matinée et
revu en après-midi et que le blocage maxillaire n’a pas été levé. Ils
retiennent que pendant la soirée, l’état du patient s’est dégradé avec
vomissements, débâcles diarrhéiques, insuffisance respiratoire et
apnée.
Même si l’arrêt respiratoire et cardiaque ont été traités selon les règles
de l’art par l’infirmière de la station et par l’infirmière des soins intensifs,
une prise en charge appropriée du patient par la CLINIQUE, avant que
cet incident fatidique ne se produise, n’a pas eu lieu.
Selon le
rapport d’expertise des professeurs GRIBOMONT et
STRICKER, le personnel soignant estimait que la place d’PERSONNE2.)
n’était pas dans un service normal. Or, malgré le fait que pendant la
journée du 29 juin 1996, le patient était agité et a présenté des épisodes
de vomissements en début d’après-midi avec une dégradation dans la
soirée avec des épisodes de vomissements, de débâcle diarrhéique à
répétition, une insuffisance respiratoire et même un épisode d’apnée,
une surveillance rapprochée du patient n’a pas été organisée.
Si la CLINIQUE affirme à juste titre que la décision de transfert en
réanimation appartient au médecin, il lui incombait, dans l’exercice de sa
mission de prodiguer des soins appropriés, de mettre tout en œuvre afin
d’éviter que la situation ne s’aggrave davantage.
Au vu du fait que l’état de santé d’PERSONNE2.) s’est encore dégradé
en cours de soirée, et devant se rendre à l’évidence que le docteur
PERSONNE10.) avait sous-estimé la situation ou qu’elle n’avait pas les
compétences requises, la CLINIQUE avait l’obligation d’assurer un suivi
permanent de son patient.
En omettant de ce faire, la CLINIQUE n’a respecté ni son obligation de
sécurité ni son obligation de surveillance, ce qui est caractéristique d’un
défaut d’organisation et de fonctionnement de service.
La CLINIQUE ne saurait se dégager de sa responsabilité par le fait qu’au
cours de
la
journée, le patient avait été vu par le docteur
PERSONNE10.), selon
laquelle l’état du patient n’inspirait
pas
d’inquiétude, et que le personnel soignant a fait les gestes nécessaires
et utiles pour sauver la vie du patient.
Par réformation du jugement de première instance, la demande en
responsabilité des appelants contre la CLINIQUE et son assureur
SOCIETE1.) S.A. est à déclarer fondée et justifiée en principe.
L’indemnisation
Les appelants réclament à titre de dommages et intérêts pour préjudices
subis les montants suivants :
- pour PERSONNE1.) :
frais de déplacement :
250 €
frais de traitement :
p.m.
aide d’une tierce personne :
42.184,80 €
perte de revenus :
182.469,01 €
dommage moral :
12.500 €
vue des souffrances d’un être cher :
10.000 €
perte d’un être cher :
25.000 €
total :
272.403,81€ + p.m.
- pour PERSONNE3.) :
perte d’un être cher :
25.000€
vue des souffrances d’un être cher
10.000€
total:
35.000€
- pour PERSONNE4.) :
perte d’un être cher :
25.000€
vue des souffrances d’un être cher
10.000€
total:
35.000€
Ils se basent sur les conclusions du docteur KAYSER et de Maître
WINANDY, nommés experts par un jugement du 3 avril 2003 du tribunal
d'arrondissement de Diekirch.
La CLINIQUE conteste en bloc les montants réclamés. SOCIETE1.) S.A.
ne prend pas position.
Dans ces conditions, il convient de révoquer l'ordonnance de clôture pour
permettre aux parties de prendre des conclusions sur les montants qui
sont réclamés à titre de préjudice par chacune des parties appelantes.
Indemnités de procédure
PERSONNE5.) réclame pour l’instance d’appel une indemnité de
procédure de 3.000 EUR.
PERSONNE6.) réclame une indemnité de procédure de 3.000 EUR pour
chacune des deux instances.
Il ne paraît cependant pas inéquitable de laisser à charge de ces parties
les sommes exposées par elles et non comprises dans les dépens, de
sorte que toutes ces demandes sont à déclarer non fondées.
Le surplus est réservé.
L’établissement public CAISSE NATIONALE DE SANTE n’a pas
constitué avocat. L’acte d’appel lui ayant été signifié à personne pour
avoir été reçu par une personne qui a affirmé être habilitée à le recevoir,
le présent arrêt est à rendre contradictoirement à son égard.
P A R C E S M O T I F S
la Cour d’appel, neuvième chambre, siégeant en matière civile, statuant
contradictoirement,
statuant en continuation de l’arrêt du 17 mai 2018,
déclare l’appel principal non fondé pour autant qu’il a été dirigé contre
PERSONNE5.) et PERSONNE6.),
déclare l’appel incident de PERSONNE6.) non fondé,
confirme le jugement entrepris pour autant qu’il concerne PERSONNE5.)
et PERSONNE6.),
condamne
PERSONNE1.),
PERSONNE3.)
et
PERSONNE4.)
aux
dépens de l’instance d’appel dans la mesure où elle a été dirigée contre
PERSONNE6.) et PERSONNE5.) avec distraction au profit de Maître
Jean-Luc GONNER et de Maître Claude SPEICHER, avocats concluant
qui la demandent, affirmant en avoir fait l’avance,
déclare l’appel principal fondé en principe pour autant qu’il a été dirigé
contre l’établissement public HÔPITAL1.) et la compagnie d’assurances
SOCIETE1.) S.A.,
avant tout autre progrès en cause,
ordonne la révocation de l’ordonnance de clôture du 2 juillet 2020 et la
réouverture des débats pour permettre aux parties de prendre des
conclusions détaillées sur les montants qui sont réclamés à titre de
préjudice par chacune des parties appelantes,
déboute PERSONNE5.) et PERSONNE6.) de leurs demandes en
obtention d’une indemnité de procédure pour l’instance d’appel,
réserve le surplus et les frais
des demandes dirigées contre
l’établissement public HÔPITAL1.) et la compagnie d’assurances
SOCIETE1.) S.A.,
déclare le présent arrêt commun à l’établissement public ASSOCIATION
D’ASSURANCE
ACCIDENT,
à
l’établissement
public
CAISSE
NATIONALE DE
SANTE
et à
l’établissement public
CAISSE
NATIONALE D’ASSURANCE PENSION.
La lecture du présent arrêt a été faite en la susdite audience publique par
Serge THILL, président de chambre, en présence du greffier Alexandra
NICOLAS.