Court dismisses interest capitalization claim but allows main debt and procedural costs in Luxembourg civil debt case.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe court declared the plaintiffs' claims founded regarding the principal debt but dismissed their request for interest capitalization due to the insufficient time elapsed. While the main judgment was accepted, the court refused provisional execution based on the specific circumstances of the case. Consequently, the defendants were ordered to pay the principal amounts plus interest, along with procedural costs and court fees.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArticles 1154 du Code Civil; Article 244 du Nouveau Code de Procédure Civile: Interest capitalization requires a full year of accrued interest; provisional execution is discretionary and depends on specific case circumstances.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IAJurisprudence citée
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
Jugement civil no 34 / 18 ( XIe chambre )
Audience publique du vendredi, deux mars deux mille dix-huit.
Numéro 183.260 du rôle
Composition :
Paule MERSCH, vice-président,
Laura FAVAS, juge,
Silvia MAGALHAES ALVES, juge,
Marc ESPEN, greffier.
ENTRE :
1) PERSONNE1.), sans état, demeurant aux ADRESSE1.),
2) PERSONNE2.), sans état, demeurant en ADRESSE2.), agissant en son nom
propre et en qualité d’héritière unique de feu PERSONNE3.),
parties demanderesses aux termes d’un acte d’assignation de l’huissier de justice
Tom NILLES d’Esch-sur-Alzette du 12 janvier 2017,
comparant par Maître Paulo LOPES DA SILVA, avocat à la Cour, demeurant à
Luxembourg,
ET :
1) la SOCIETE1.), établie et ayant son siège social à L-ADRESSE3.), représentée par
son administrateur unique actuellement en fonctions, inscrite au Registre de
Commerce et des Sociétés de Luxembourg sous le numéro NUMERO1.),
2) la SOCIETE2.), établie et ayant son siège social à E-ADRESSE4.), représentée
par son ou ses représentants légaux, sinon statutaires actuellement en fonctions,
immatriculée au Registro Mercantil De Barcelona sous le numéro NUMERO2.),
3) PERSONNE4.), dirigeant de société, demeurant en ADRESSE5.),
parties défenderesses aux fins du prédit acte d’assignation NILLES,
parties défaillantes.
______________________________________________________________
LE TRIBUNAL
Vu l’ordonnance de clôture de l’instruction du 5 janvier 2018.
Entendu Madame le Président Paule MERSCH en son rapport oral à l’audience
publique du 5 janvier 2018.
Entendu PERSONNE1.) et PERSONNE2.) par l’organe de leur mandataire Maître
Amin BOUAZZA, avocat exerçant sous son titre professionnel d'origine, en
remplacement de Maître Paulo LOPES DA SILVA, avocat constitué.
Par acte d'huissier du 12.1.2017, PERSONNE1.) et PERSONNE2.) (ci-après les
consorts GROUPE1.)) ont fait donner assignation à la SOCIETE1.) (ci-après
SOCIETE1.)), à la SOCIETE2.) (ci-après SOCIETE2.)) et à PERSONNE4.) à
comparaître devant le Tribunal d'Arrondissement de et à Luxembourg, siégeant en
matière civile, pour
- les assignés s'entendre condamner solidairement, sinon in solidum, sinon chacun
pour sa part, à payer à PERSONNE1.) la somme en principal de 1.500.000 euros,
majorée des intérêts de retard au taux conventionnel de 10 % l'an, sinon au taux légal
en vigueur au Grand-Duché de Luxembourg, à partir du 13.3.2016, date du dernier
paiement opéré par SOCIETE1.), ayant permis d'apurer les intérêts de retard échus à
cette date, sinon à partir du 20.1.2016, date de la dernière mise en demeure, sinon à
partir de la demande en justice jusqu'à solde,
- les assignés s'entendre condamner solidairement, sinon in solidum, sinon chacun
pour sa part, à payer à PERSONNE2.) la somme en principal de 1.200.000 euros et
à l'égard de PERSONNE1.) le montant de 1.500.000 euros, majorée des intérêts de
retard au taux conventionnel de 10 % l'an, sinon au taux légal en vigueur au Grand-
Duché de Luxembourg à partir du 13.3.2016, date du dernier paiement opéré par
SOCIETE1.), ayant permis d'apurer les intérêts de retard échus à cette date, sinon à
partir du 20.1.2016, date de la dernière mise en demeure, sinon à partir de la demande
en justice jusqu'à solde,
- voir dire qu'en exécution de l'article 1154 du Code Civil, les intérêts échus sur les
montants réclamés par chacune des demanderesses depuis plus d'un an à compter
de la signification de l'acte d'assignation seront capitalisés et seront eux-mêmes
porteurs d'intérêts légaux au même taux que ci-dessus,
- voir donner acte aux parties requérantes que la demande est fondée sur les articles
1134, 1184 et 2011 du Code Civil.
Les requérantes sollicitent enfin l'allocation à chacune d'une indemnité de procédure
de 5.000 euros sur base de l'article 240 NCPC ainsi que l'exécution provisoire sans
caution du jugement à intervenir, nonobstant toutes voies de recours, sinon
subsidiairement avec caution, sur minute et avant enregistrement.
Au soutien de leurs prétentions, PERSONNE1.) et PERSONNE2.) font exposer
que SOCIETE1.) qui, d'après ses statuts, a « pour objet la prise de
participation, sous quelque forme que ce soit, dans d'autres sociétés
luxembourgeoises ou étrangères, ainsi que la gestion, le contrôle et la mise en
valeur de ces participations », a décidé au courant de l'année 2010 de procéder
à une émission d'obligations garanties à taux fixe de 10 % pour un montant
total de 15.000.000 euros,
que les fonds ainsi récoltés étaient censés être mis à la disposition, sous forme
de prêt, de sa société mère SOCIETE2.) à charge pour celle-ci de les investir
dans des entreprises de jeu notamment sur le continent africain et dans
l'immobilier,
que c'est dans ce contexte que PERSONNE4.), le Président, co-fondateur et
actionnaire de SOCIETE2.), a proposé à PERSONNE1.), avec laquelle il
entretenait des relations de confiance, de participer à cet emprunt obligataire,
que sur les conseils de PERSONNE4.), PERSONNE1.) a décidé, aux termes
d'un contrat de souscription du 21.7.2010, régi par le droit luxembourgeois, de
souscrire 60 obligations (numérotées de 69 à 128 inclus) d'une valeur nominale
de 25.000 euros, soit un montant global de 1.500.000 euros,
que cette somme a été réglée par virement bancaire le 30.7.2010,
que cette souscription a été présentée à PERSONNE1.) comme un placement
sûr qui devait lui rapporter semestriellement des intérêts jusqu'à la date
d'échéance des obligations, fixée au 31.10.2014,
qu'aux termes de l'annexe 2 au contrat de souscription, le remboursement des
obligations et le paiement des intérêts échus étaient garantis par une garantie
à première demande consentie par SOCIETE2.) au profit de chaque
obligataire, cette garantie étant soumise au droit luxembourgeois aux vœux de
l'annexe 2,
que peu de temps après la souscription de PERSONNE1.), sa mère,
PERSONNE3.) et sa sœur PERSONNE2.), ont décidé à leur tour d'investir
dans cette émission obligataire,
que par contrat de souscription en date du 30.7.2010, c'est d'abord la sœur de
PERSONNE1.), PERSONNE2.), qui a souscrit 30 obligations (numérotées de
140 à 169 inclus) d'une valeur nominale de 25.000 euros, soit un montant global
de 750.000 euros,
qu'en vertu d'un contrat de souscription en date du 8.12.2010, c'est ensuite la
mère de PERSONNE1.), PERSONNE3.), qui a investi 450.000 euros en
échange de 18 obligations (numérotées de 218 à 235 inclus),
qu'il convient d'emblée de préciser que PERSONNE3.) est décédée le
DATE1.), sa fille PERSONNE2.) ayant été désignée comme héritière unique de
tous ses droits et actions, présents ou futurs,
qu'au total, la famille GROUPE1.) a investi 2,7 millions d'euros en obligations
de SOCIETE1.),
qu'aux termes des contrats de souscription, les principales obligations
contractées par SOCIETE1.) à l'égard des requérantes étaient les suivantes :
*d'après l'annexe 1 aux contrats de souscription, paragraphe « Intérêts »,
SOCIETE1.) devait verser aux obligataires des intérêts à un taux annuel de 10
% de manière semestrielle, à savoir le 30 avril et le 31 octobre de chaque
année,
*toujours d'après l'annexe 1, paragraphe « Remboursement », il était entendu
que toute obligation en circulation serait remboursée par SOCIETE1.) au
31.10.2014,
que dans un premier temps, les intérêts échus ont bien été payés aux
requérantes par SOCIETE1.), même si cette dernière accusait régulièrement
des retards dans ses paiements,
qu'à partir de l'année 2013, le retard dans le versement des intérêts échus s'est
considérablement aggravé, SOCIETE1.) invoquant, pour tenter de se justifier,
des difficultés administratives empêchant le transfert rapide de fonds depuis
l'Afrique,
que peu convaincue par ces explications, PERSONNE1.) a décidé de
demander le remboursement anticipé du capital et le paiement des intérêts par
courrier du 30.7.2013,
que SOCIETE1.) est toutefois parvenue à temporiser en effectuant quatre
paiements en liquide pour un montant total de 60.000 euros au profit de
PERSONNE1.),
que ces paiements n'étant toutefois pas de nature à rassurer PERSONNE1.),
ni les autres membres de sa famille sur la capacité de SOCIETE1.) à
rembourser le moment venu les obligations en principal et intérêts échus,
PERSONNE4.) leur a adressé en date du 26.6.2014 un courrier dans lequel il
leur apportait des assurances quant au respect par SOCIETE1.) de ses
obligations contractuelles,
que dans ce courrier du 26.6.2014 adressé à PERSONNE1.), PERSONNE4.)
s'exprimait comme suit : « Je te confirme que les investissements obligataires
(détail ci-dessous) faits par ta mère, ta sœur et toi-même dans notre filiale
SOCIETE1.), seront payés, comme prévu, le 31 octobre 2014, capital et
intérêts échus ainsi que les intérêts de retard accumulés. »,
qu'aux termes de cette même lettre, PERSONNE4.) a déclaré à PERSONNE1.)
et par l'intermédiaire de celle-ci, à PERSONNE2.) et PERSONNE3.) qu'il se
« (portait) personnellement garant de ce paiement quoiqu'il arrive ».
que malgré les promesses de PERSONNE4.), SOCIETE1.) s'est retrouvée en
défaut de paiement le 31 octobre 2014,
que devant les menaces de poursuites judiciaires des requérantes,
SOCIETE1.) leur a remis trois chèques datés du 5.4.2015 qui étaient censés
régler ses dettes à leur égard,
qu'il s'agissait plus précisément des trois chèques suivants :
*chèque du SOCIETE4.) NUMERO3.) daté du 5.4.2015 en faveur de
PERSONNE1.) pour un montant de 1.811.884,21 euros,
*chèque du SOCIETE4.) NUMERO4.) daté du 5.4.2015 en faveur de
PERSONNE2.) pour un montant de 905.942,11 euros,
*chèque du SOCIETE4.) NUMERO5.) daté du 5.4.2015 en faveur
d'PERSONNE3.) pour un montant de 543.656,26 euros,
que les requérantes n'ont toutefois jamais pu encaisser ces chèques, faute de
provision,
que par courrier daté du 21.4.2015, les requérantes ont adressé, par le biais
de leur conseil espagnol, Maître PERSONNE5.), une mise en demeure à
SOCIETE1.), en sa qualité de débiteur, et à SOCIETE2.) et PERSONNE4.) en
leur qualité de garants afin d'exiger le paiement immédiat de la somme de
3.280.500 euros à laquelle s'élevait à l'époque le montant cumulé de leurs
créances en principal, intérêts conventionnels échus et intérêts de retard, ce
courrier ayant été envoyé le 24.4.2015, via un notaire domicilié à ADRESSE6.),
que par courrier du 22.5.2015, PERSONNE4.) et PERSONNE6.), co-fondateur
du groupe SOCIETE1.) et administrateur unique de SOCIETE1.), se sont à
nouveau engagés à rembourser le montant souscrit par les requérantes en
fonction de la réalisation de certains événements, mais au plus tard le
31.10.2015,
que les défendeurs n'ont pas tenu leurs engagements,
qu'après une nouvelle mise en demeure du 12.11.2015, les défendeurs ont fini
par s'acquitter du montant des intérêts échus et des intérêts de retard dus à
l'époque à la fin de l'année 2015,
que les requérantes n'ont plus enregistré le moindre paiement depuis cette
époque et cela malgré une dernière mise en demeure en date du 20.1.2016.
S'agissant de la compétence territoriale, les requérantes soutiennent
qu'à l'égard de SOCIETE1.), en tant que débitrice principale, la compétence
territoriale du Tribunal d'Arrondissement de Luxembourg découle, d'une part,
de l'article 8.2. des contrats de souscription qui sont soumis au droit
luxembourgeois et qui stipulent que : « Les tribunaux de la Ville de Luxembourg
ont la compétence afin de régler tout litige découlant du/ou relatif au présent
contrat et par conséquent toute action légale ou procédure légales relatives au
présent contrat peut être intentée auprès desdits tribunaux » et, d'autre part,
de l'article 28 du Nouveau Code de Procédure Civile qui attribue compétence
aux tribunaux du lieu du domicile du défendeur,
qu'à l'égard de SOCIETE2.), en sa qualité de garante des obligations découlant
de l'émission obligataire effectuée par SOCIETE1.), la compétence territoriale
découle de la clause attributive de juridiction figurant à l'annexe 2 des contrats
de souscription, l'article 2 de cette annexe dûment signée par SOCIETE2.)
disposant au sujet du contrat de garantie que : « Les tribunaux de la Ville de
Luxembourg ont la compétence afin de régler tout litige relatif au présent
contrat et par conséquent toute action légale ou procédures légales relatives
au présent contrat « Procédures » peut être intentée auprès desdits
tribunaux »,
qu'à l'égard de PERSONNE4.), en sa qualité de garant de la bonne exécution
par SOCIETE1.) de ses obligations vis-à-vis des parties requérantes aux
termes de son courrier du 24.6.2014, la compétence territoriale découle de
l'article 8 § 1 et 2 du Règlement du 12.12.2012 concernant la compétence
judiciaire, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et
commerciale.
Quant au bien-fondé des demandes et en premier lieu quant à l'obligation de
SOCIETE1.) de rembourser le montant des souscriptions, les parties requérantes se
basent sur l'annexe 1 aux contrats de souscription stipulant que « Toute obligation en
circulation sera remboursée par l'émetteur à la date de paiement d'intérêt qui tombera
le 31 octobre 2014 ». Leurs demandes seraient fondées, cette échéance n'ayant pas
été respectée et SOCIETE1.) ne s'étant jamais acquittée des montants souscrits par
les requérantes.
Quant à l'obligation de payer du SOCIETE2.) en sa qualité de garant, les requérantes
se basent sur l'annexe 2 des contrats de souscription dans laquelle il est stipulé que
« SOCIETE2.)
accepte irrévocablement et inconditionnellement de payer en
intégralité et à la première demande aux obligataires les paiements de garantie si et
lorsque dus. (…) La présente garantie est une garantie à première demande. » (article
2.1 de l'annexe 1), les paiements de garantie couvrant, d'après l'article 1 de l'annexe
2 « le prix de remboursement payable pour les obligations lors (…) du remboursement
à échéance ». Elles en concluent que SOCIETE2.) a entendu souscrire une garantie
autonome et sans bénéfice de discussion au profit des obligataires pour sûreté de leur
créance à l'encontre de SOCIETE1.), l'article 2.1.2 de l'annexe 2 stipulant que les
obligations de SOCIETE2.) « ne seront pas affectées par (…) toute limitation légale,
incapacité légale ou toute autre circonstance relative à l'émetteur (…), toute
irrégularité, inopposabilité ou défaut dans ou nullité de toute obligation de l'émetteur »
et l'article 2.4 de l'annexe 2 stipulant qu'« un obligataire peut exécuter la présente
garantie directement à l'encontre de SOCIETE2.) sans que l'obligataire n'introduise
préalablement une action en justice contre l'émetteur et SOCIETE2.) renonce
irrévocablement à tout droit ou recours afin que soit intentée une action contre
l'émetteur ou toute autre personne ou entité avant toute procédure contre
SOCIETE2.) ».
Quant à l'obligation de payer de PERSONNE4.) en sa qualité de caution, les parties
requérantes se basent sur l'engagement pris par lui dans son courrier à leur adresse
du 24.6.2014 suivant lequel il a écrit : « En tout état de cause, je me porte
personnellement garant de ce paiement quoiqu'il arrive. »
Les requérantes font valoir que ce cautionnement serait régi par la loi
luxembourgeoise en vertu de la jurisprudence constante en vertu de laquelle, dans le
silence de la convention, les parties sont censées avoir voulu soumettre celle-ci à la
même loi que celle régissant l'obligation garantie, ce principe ayant été récemment
réaffirmé en matière internationale par la Cour de Cassation française, qui a estimé
qu'un contrat de cautionnement présentait les liens le plus étroits avec la loi régissant
l'obligation principale.
Selon les requérantes, le cautionnement consenti par PERSONNE4.) revêt un
caractère commercial, étant donné qu'en tant que président et l'un des principaux
actionnaires,
PERSONNE4.)
avait un intérêt personnel dans les opérations
commerciales qui ont motivé ce cautionnement. PERSONNE4.) serait ainsi tenu
solidairement avec SOCIETE1.) et SOCIETE2.).
A la demande du Tribunal, les requérantes ont versé en cause les traductions
assermentées des attestations d'accomplissement par les autorités espagnoles de la
remise de l'assignation à PERSONNE4.) et SOCIETE2.). Elles ont encore conclu en
date du 19.9.2017 quant à la régularité des procédures accomplies en Espagne à
l'encontre desdites parties assignées.
Par conclusions du 5.1.2018, les requérantes ont rectifié le dispositif de l'acte
introductif d'instance en demandant la condamnation des parties assignées à payer à
PERSONNE1.) la somme en principal de 1.500.000 euros et à PERSONNE2.) la
somme en principal de 1.200.000 euros, ces montants avec les intérêts de retard au
taux conventionnel de 10 % l'an, sinon au taux légal en vigueur au Grand-Duché de
Luxembourg, à partir du 16.3.2016, date du dernier paiement opéré par SOCIETE1.),
ayant permis d'apurer les intérêts de retard échus à cette date, sinon à partir du
20.1.2016, date de la dernière mise en demeure, sinon à partir de la demande en
justice jusqu'à solde.
MOTIFS DE LA DECISION
Les demandes des parties requérantes, introduites selon les formes et délais de la loi,
sont à déclarer recevables en la forme.
L'acte d'assignation ayant été signifié à leurs sièges, respectivement domicile, il y a
lieu de statuer par défaut à l’égard des parties défenderesses en application de l'article
79 alinéa 1 du Nouveau Code de Procédure Civile.
Quant à la compétence territoriale, c'est à bon droit et par référence aux stipulations
contractuelles en vigueur entre SOCIETE1.) et SOCIETE2.), d'une part, et les parties
requérantes, d'autre part, et plus particulièrement aux clauses attributives de
juridiction contenues dans les contrats de souscription que ces dernières concluent à
la compétence territoriale du Tribunal d'Arrondissement de Luxembourg pour
connaître de leurs demandes formulées à l'encontre de SOCIETE1.) et de
SOCIETE2.).
La compétence territoriale pour connaître de leurs demandes formulées à l'encontre
de PERSONNE4.) en tant que garant se dégage à un double titre de l'article 8 § 1 et
2 du Règlement (UE) du 12.12.2012 concernant la compétence judiciaire, la
reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale qui
dispose que :
«Une personne domiciliée sur le territoire d'un Etat membre peut aussi être attraite
1) s'il y a plusieurs défendeurs, devant la juridiction du domicile de l'un d'eux, à
condition que les demandes soient liées par un rapport si étroit qu'il y a intérêt
à les instruire et à les juger en même temps afin d'éviter des solutions qui
pourraient être inconciliables si les causes étaient jugés séparément ;
2) s'il s'agit d'une demande en garantie ou d'une demande en intervention, devant
la juridiction saisie de la demande originaire, à moins qu'elle n'ait été formée
que pour traduire celui qui a été appelé hors du ressort de la juridiction
compétente ;
(...) »
Quant au fond, les demandes des requérantes sont justifiées tant en fait qu'en droit.
Leurs demandes sont partant à déclarer fondées en leur principe et en leur montant
sur base des pièces versées en cause qui corroborent les prédites explications
fournies à l'appui de ces demandes dans l’acte d’assignation.
Par conséquent, il y a lieu de condamner solidairement SOCIETE1.), SOCIETE2.) et
PERSONNE4.) à payer à PERSONNE1.) la somme de 1.500.000 euros, majorée des
intérêts de retard au taux conventionnel de 10 % l'an à partir du 16.3.2016, date du
dernier paiement opéré par SOCIETE1.), jusqu'à solde.
Il y a encore lieu de condamner solidairement SOCIETE1.), SOCIETE2.) et
PERSONNE4.) à payer à PERSONNE2.) la somme de 1.200.000 euros, majorée des
intérêts de retard au taux conventionnel de 10 % l'an à partir du 16.3.2016, date du
dernier paiement opéré par SOCIETE1.), jusqu'à solde.
S'agissant de la demande en capitalisation des intérêts sur base de l'article 1154 du
Code Civil, il convient de rappeler que la capitalisation des intérêts, encore nommée
anatocisme, consiste à admettre que les intérêts dus et non payés s’ajouteront au
capital et produiront eux-mêmes intérêts à chaque échéance.
Aux termes de l’article 1154 du Code Civil, les intérêts échus des capitaux peuvent
produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale
pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s’agisse d’intérêts dus
au moins pour une année entière.
Il en résulte que la productivité d’intérêts par les intérêts est subordonnée à la
condition que la demande en justice ou la convention entre parties aient pour objet
des intérêts échus au moins pour une année entière au moment où elles sont faites
(cf Cour 20 octobre 1999, n° 22593 du rôle).
L'assignation ayant été lancée en date du 12.1.2017 et les intérêts n'ayant pris cours
qu'à partir du 16.3.2016, soit pendant moins d'une année au moment de la demande
en justice, il ne convient pas de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts.
Au vu de l’issue du litige, il y a lieu de déclarer les demandes de PERSONNE1.) et
PERSONNE2.) en allocation d’une indemnité de procédure fondées à hauteur de 750
euros à chacune et de condamner SOCIETE1.), SOCIETE2.) et PERSONNE4.) à
payer à chacune la somme de 750 euros à titre d’indemnité de procédure sur base de
l’article 240 du Nouveau Code de Procédure Civile.
Les requérantes sollicitent finalement l’exécution provisoire du jugement à intervenir.
Aux termes de l’article 244 du Nouveau Code de Procédure Civile, l’exécution
provisoire, sans caution, sera ordonnée même d’office, s’il y a titre authentique,
promesse reconnue, ou condamnation précédente par jugement dont il n’y a point
appel. Dans tous les autres cas, l’exécution provisoire pourra être ordonnée avec ou
sans caution.
Lorsque l’exécution provisoire est facultative, son opportunité s’apprécie selon les
circonstances particulières de la cause, en tenant notamment compte des intérêts
respectifs des parties, du degré d’urgence, du péril en la demeure ainsi que des
avantages ou inconvénients que peut entraîner l’exécution provisoire pour l’une ou
l’autre des parties (Cour, 8 octobre 1974, 23, 5).
En l’espèce, aucune des conditions de l’exécution provisoire obligatoire n’est donnée.
L’exécution provisoire facultative ne se justifie pas non plus, au vu des circonstances
de la cause.
Il n’y a partant pas lieu de faire droit à la demande en exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
le Tribunal d'Arrondissement de et à Luxembourg, onzième chambre, siégeant en
matière civile, statuant par défaut à l’égard de SOCIETE1.), SOCIETE2.) et
PERSONNE4.),
reçoit en la forme les demandes de PERSONNE1.) et de PERSONNE2.),
se déclare territorialement compétent pour en connaître,
déclare les demandes fondées,
partant,
condamne SOCIETE1.), SOCIETE2.) et PERSONNE4.) solidairement à payer à
PERSONNE1.) le montant de 1.500.000 euros majoré des intérêts de retard au taux
conventionnel de 10 % l'an à partir du 16.3.2016, date du dernier paiement opéré par
SOCIETE1.), jusqu'à solde.
condamne SOCIETE1.), SOCIETE2.) et PERSONNE4.) solidairement à payer à
PERSONNE2.) le montant de 1.200.000 euros majoré des intérêts de retard au taux
conventionnel de 10 % l'an à partir du 16.3.2016, date du dernier paiement opéré par
PEFACO, jusqu'à solde,
dit qu'il n'y a pas lieu à capitalisation des intérêts sur base de l'article 1154 du Code
Civil,
dit qu'il n'y a pas lieu à exécution provisoire du présent jugement,
condamne SOCIETE1.), SOCIETE2.) et PERSONNE4.) à payer à PERSONNE1.) et
à PERSONNE2.) chacune une indemnité de procédure de 750 euros sur base de
l'article 240 du Nouveau Code de Procédure Civile,
condamne SOCIETE1.), SOCIETE2.) et PERSONNE4.) à tous les frais et dépens de
l'instance avec distraction au profit de Maître Paulo LOPES DA SILVA qui la demande,
affirmant en avoir fait l'avance.