Luxembourg court dismisses claim due to lack of jurisdiction and invalid arbitration clause.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe Luxembourg Tribunal d'Arrondissement declared itself incompetent to hear the plaintiff's claim against the defendant. The court found that the defendant was a guarantor rather than a joint debtor, making the place of performance Finland, and that the contract's arbitration clause did not automatically grant Luxembourg courts jurisdiction. Consequently, the court dismissed the plaintiff's request and ordered them to bear all litigation costs.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArticles 1227 and 1247 of the Luxembourg Code of Civil Procedure; Articles 79 and 226 of the new Code of Civil Procedure; Article 27 of the contract; The arbitration clause does not confer jurisdiction on national courts if arbitrators are not appointed, and the place of performance for a guarantor's obligation is the guarantor's domicile, not the debtor's.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
Jugement civil no 230 / 2010 (XVIIe chambre )
Audience publique du jeudi, quinze juillet deux mille dix.
Numéro 130180 du rôle
Composition:
Marianne HARLES, vice-présidente,
Marie-Anne MEYERS, premier juge,
Charles KIMMEL, juge,
Marie-Jeanne WEBER, greffier assumé.
E n t r e
la société anonyme SOCIETE1.) (LUXEMBOURG) SA, établie et ayant son siège social
à L-ADRESSE1.), représentée par son conseil d’administration actuellement en fonctions,
inscrite au registre du commerce de Luxembourg sous le numéro RCS NUMERO1.),
demanderesse aux termes de l’exploit de l’huissier de justice Jean-Claude STEFFEN
d’Esch-sur-Alzette du 15 avril 2010,
comparant par Maître Joram MOYAL, avocat, demeurant à Luxembourg,
e t
PERSONNE1.), directeur, demeurant ADRESSE2.), Finlande,
défendeur aux fins du prédit exploit STEFFEN,
dûment assigné, ne comparant pas.
______________________________________________________________________
L e T r i b u n a l
Vu l’ordonnance de clôture du 14 juillet 2010.
Entendu le rapport fait conformément aux dispositions de l’article 226 du nouveau code
de procédure civile.
Entendu la société anonyme SOCIETE1.) (LUXEMBOURG) SA par l’organe de son
mandataire Maître Joram MOYAL, avocat constitué.
Par exploit d’huissier de justice du 15 avril 2010, la société anonyme SOCIETE1.)
(LUXEMBOURG) SA a fait donner assignation à PERSONNE1.) à comparaître devant le
tribunal d’arrondissement de Luxembourg, siégeant en matière civile, pour voir
condamner l’assigné à lui payer le montant de 24.258,90 euros avec les intérêts légaux à
partir du 8 février 2010, sinon à partir de la demande en justice jusqu’à solde. La
requérante a réclamé une indemnité de procédure et l’exécution provisoire du jugement
à intervenir.
PERSONNE1.), bien que dûment assigné à personne, n’a pas constitué avocat. Par
application des articles 79 alinéa 2 du nouveau code de procédure civile, le présent
jugement est réputé contradictoire à son encontre.
A l'appui de sa demande, la société SOCIETE1.) expose que par contrat de service du
13 mai 1994, la partie assignée a chargé la société SOCIETE2.) (Luxembourg) de
constituer et d'assurer le fonctionnement de la société SOCIETE3.) S.A. En exécution du
contrat, une rémunération annuelle pour domiciliation de 100.000 francs, soit 2.478,94
euros hors taxes et une rémunération pour d’autres services basée sur un tarif horaire de
2.500 francs, soit 61,97 euros hors taxes ont été convenues. Aux termes de l’article 4 de
l’annexe du contrat, ces tarifs ont fait sujets d’augmentations annuelles.
La société SOCIETE1.) indique que la société SOCIETE2.) (LUXEMBOURG) a changé
sa dénomination sociale en SOCIETE1.) (LUXEMBOURG).
Elle expose que, bien que l’article 27 du contrat prévoit la compétence d’un tribunal
d’arbitrage, aucune nomination d’un juge d’arbitrage par commun accord n’a pu être faite.
Elle estime par conséquent que le tribunal actuellement saisi est compétent.
Elle affirme ensuite que la dernière facture réglée par la société SOCIETE3.) S.A. date
de 2004. Les factures suivantes restent impayées :
-
facture n°04010633 du 22 janvier 2004
3.992,53 euros
-
facture n°04041201 du 5 avril 2004
308,00 euros
-
facture n°04071940 du 6 juillet 2004
280,00 euros
-
facture n°04102267 du 5 octobre 2004
36,40 euros
-
facture n°05010786 du 12 janvier 2005
3.487,62 euros
-
facture n°05041718 du 25 avril 2005
397,38 euros
-
facture n°05072283 du 28 juillet 2005
108,84 euros
-
facture n°06010704 du 19 janvier 2006
3.227,01 euros
-
facture n°06041263 du 11 avril 2006
602,56 euros
-
facture n°06072117 du 21 juillet 2006
366,52 euros
-
facture n°06102217 du 3 octobre 2006
413,28 euros
-
facture n°06103073 du 26 octobre 2006
223,73 euros
La société SOCIETE1.) fait valoir que la société SOCIETE3.) S.A. lui redoit le montant
principal de 13.443,87 euros à titre de frais de prestations effectuées et le montant de
10.815,03 euros à titre d’intérêts de retard contractuels.
La société SOCIETE1.) fait valoir à l’égard de PERSONNE1.) que ce dernier s’est engagé
en vertu de l’article 10 de l’annexe du contrat de service à lui garantir le paiement par la
société SOCIETE3.) de tous les montants dus par celle-ci en se déclarant débiteur
personnel et solidaire avec la société.
Par ordonnance du 6 juillet 2010, le juge de la mise en état a révoqué l’ordonnance de
clôture du 30 juin 2010 afin de permettre à la société SOCIETE1.) de prendre des
conclusions sur la compétence internationale du tribunal saisi pour connaître de la
demande en condamnation dirigée contre PERSONNE1.), domicilié en Finlande, eu
égard aux dispositions du règlement CE n°44 du Conseil du 22 décembre 2000
concernant la compétence judiciaire et l'exécution des décisions en matière civile et
commerciale.
La société SOCIETE1.) conclut à la compétence du tribunal saisi en vertu de l’article 5.1
du règlement CE n° 44/2001 qui confère compétence, en matière contractuelle, au lieu
où l’obligation qui sert de base à la demande a été ou doit être exécutée, soit en l’espèce
au lieu où l’obligation relative à la domiciliation et à l’administration de la société
SOCIETE3.) doit être exécutée, à savoir au Luxembourg.
En droit
La partie défenderesse, PERSONNE1.), n’ayant pas comparu, il y a lieu, conformément
à l’article 26 du règlement CE n°44/2001 du Conseil du 22 décembre 2000 concernant la
compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et
commerciale, d’examiner d’office la compétence territoriale du tribunal saisi pour
connaître d’une demande en paiement dirigée contre un débiteur domicilié en Finlande.
En vertu de l’article 2 du règlement CE n°44/2001 du Conseil du 22 décembre 2000
concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en
matière civile et commerciale, les personnes domiciliées sur le territoire d’un Etat membre
sont attraites, quelle que soit leur nationalité, devant les juridictions de cet Etat membre.
Il s’ensuit que PERSONNE1.) aurait en principe dû être attrait devant les tribunaux finnois.
Les parties étant liées par un contrat, alors que PERSONNE1.) s’est engagé
personnellement à l’égard de la société SOCIETE1.), il faut néanmoins également se
référer aux dispositions de l’article 5.1 du règlement CE n° 44/2001 qui confère
compétence, en matière contractuelle, au lieu où l’obligation qui sert de base à la
demande a été ou doit être exécutée.
Les parties ont prévu à l’article 10 de l’annexe du contrat de service que « if for any reason
the Company fails to pay or reimburse SOCIETE2.) for any or all amounts due to
SOCIETE2.) under this Agreement, those amounts shall be directly chargeable to the
Shareholder failing whom the ultimate beneficial owner of the shares, all of whom shall be
jointly and severally liable for the amounts so charged. »
Contrairement aux conclusions de la société SOCIETE1.), PERSONNE1.) en sa qualité
de « shareholder » ne s’est pas déclaré débiteur personnel et solidaire avec la société
SOCIETE3.), mais il s’est uniquement engagé à payer en cas de défaillance de ladite
société. Il est dès lors à considérer comme caution.
L’obligation qui sert de base à la présente demande est donc celle de payer à charge de
PERSONNE1.) en sa qualité de caution et non en qualité de débiteur solidaire. Ce n’est
pas davantage l’obligation principale relative à la domiciliation de la société SOCIETE3.)
qui sert de base à la présente demande.
En effet, en matière de compétence juridictionnelle, on retrouve l'indépendance du
cautionnement. Non seulement la demande intentée contre la caution est considérée
comme une demande principale et non comme un appel en garantie, mais encore la
compétence peut être absolument différente selon qu'on considère la demande à
l'encontre du débiteur principal ou la demande à l'encontre de la caution. C'est l'autonomie
juridictionnelle du cautionnement international (Répertoire Dalloz du droit international, v°
cautionnement, n°19).
En vertu de l’article 1247 du code civil luxembourgeois, lequel est applicable en raison de
l’article 27 du contrat (« This Agreement shall be subject to and construed in accordance
with Luxembourg Law »), le paiement incombant à une caution est quérable. Il s’ensuit
que le lieu d’exécution de l’obligation litigieuse se situe en Finlande, pays où se trouve le
domicile de PERSONNE1.). En principe, les tribunaux luxembourgeois ne sont partant
pas compétents à connaître de la demande introduite par la demanderesse.
Il ressort encore du contrat de domiciliation que l’article 27 attribue compétence à un
tribunal arbitral (« The parties agree to submit any dispute arising from this contract or
from its performance to a tribunal of arbitrators set up in accordance with the Luxembourg
Code of Civil Procedure. The arbitrators shall proceed as in a commercial case. Their
decision shall be final and without appeal »).
Force est de constater que cette clause n’attribue aucune compétence aux juridictions
luxembourgeoises. Contrairement encore aux conclusions de la société SOCIETE1.), à
défaut de pouvoir nommer un arbitre d’un commun accord, ce ne sont pas « par
conséquence seulement les juges luxembourgeois qui peuvent être compétents pour
traiter de la demande ». En effet conformément à l’article 1227 du nouveau code de
procédure civile, faute de désignation d’un arbitre dans le délai imparti, la nomination sera
faite par ordonnance du président du tribunal d’arrondissement.
Il s’ensuit que le tribunal n’est pas compétent pour connaître de la demande.
P a r c e s m o t i f s
le tribunal d’arrondissement de Luxembourg, dix-septième section, siégeant en matière
civile, statuant par jugement réputé contradictoire à l’égard de PERSONNE1.),
vu l’ordonnance de clôture du 14 juillet 2010,
entendu le rapport fait conformément à l’article 226 du nouveau code de procédure civile,
se déclare incompétent à connaître de la demande,
condamne la société anonyme SOCIETE1.) (LUXEMBOURG) S.A. à tous les frais et
dépens de l’instance.