Court orders partition of natural child's inheritance despite marital community contract inapplicable to her share.
Synthèse Legislator
Généré par l'IAThe court accepted the plaintiff's request to partition the estate of her natural father, ruling that the defendants' marital community contract was inapplicable to her reserved inheritance share. While the defendants argued no assets existed to divide, the court found a 1/4 share in full ownership and the remainder in usufruct for the plaintiff. Consequently, the court ordered the partition and liquidation of the estate, appointing experts to manage the division of indivisible property.
Regeste Legislator
Généré par l'IAArt. 757 c.c.; Art. 1094 c.c.; Art. 815 c.c.: A natural child inherits the same rights as a legitimate child, and a marital community contract cannot restrict the portion of the estate reserved for the child by the surviving spouse's will.
Mots-clés
Généré par l'IADispositions légales citées
Généré par l'IADécisions connexes
Généré par l'IATexte complet
( 5 S"
N°
25o/8B
Audience publ ique du ma rd
i
, douze jui l let mi l le neuf
cent quatre-vingt-huit.
Numéro 6653 du rôle.
Compos 111 on :
GOHMER-de VIAIIA, président,
conse i 1 1er honora i re
NEU et KURECK, juges.
E
n
t
r
e
:
1 a demoisel le Isabel le
employée privée, demeurant
à
(s
demanderesse aux termes
d'un exploit de l 'huissier
de justice Gi lbert RUKAVINA
de Uiekirch en date du 29
octobre 1987;
comparant par Maître
Pierre PROBSl, avocat-avoué,
demeurant à Uiekirch;
E
t :
1 ) la dame
demeurant â
2 ) Ma î tre P.
(.. )
3) la dame M
(.. )
,
1 ) le
s leur
C...)
y.
(...)
SCII ) , veuve X.
)
(.. )
notaire, demeurant à
;, sans état
t ..)
.
épouse v)
demeurant è
(^.)
;
a.
, professeur, demeurant à ' C.. >
6-
D.)
, avocat, demeurant à
(--•) ^
5) la demoIselle
(...)
;
défendeurs aux fins du prédit exploit RUKAVINA;
comparant par Maître Jean-Marie ERPELDING, avocat-avoué,
demeurant â Uiekirch.
L e
Tribunal
Ouï les parties par l 'organe de leurs avocats-avoués
constitués.
Par exploit de l 'huissier de justice Gi lbert RUKAVINA
de Uiekircf] en date du 29 octobre 1987, la dame Isabel le
a
fait donner assignation à la dame
v//
SCIl)
veuve X.i) , à Maître P. 3))
, à la dame M^
3)
au sieur
3)
et à la dame
A. 0)!)
.. à
r niiipa r n î 1. re clpvanL le tribunal de ce siège pour
s'pu tendre condamner è procéder avec el le au partage
^1
1 fT
I i (] u i d a t i 0 n des biens dépendant de la succession
de feu
J))
^ décédé ab intestat à Uiekircli le
Il jui l let 1985, dont la défenderesse est un enfant
nalur-pl légalement reconnu par acte devant l 'officier
de l 'état civi l de la commune de Luxembourg en date
du 79 février 1904 et dont les assignés sont respectivement
la veuve et les enfants légitimes.
La demande en partage étant régul ière en la forme,
el le est partant recevable.
Les défendeurs résistent à la demande en soutenant
9"' i l "'y a pas l ieu à partage, faute de biens partageables,
le décujus étant décédé sarts laisser de biens mobi l iers ou
Immobi l iers, alors que suivant contrat de mariage reçu par
1 »^ notaire Maître Marc CRAVATIE, de résidence à Ettelbruck,
en date du 1 1 avri l 1905. les époux J).') - -SCIl)
avaient
adopté le régime de la communauté de biens universel le
dp tous biens immobi l iers et mobi l iers, avec clause
d'attribution au survivant en cas de dissolution du
mariage par le décès d'un des époux.
La damelsâyjicbase son action sur l 'article 757 du
rode civi l , y Introduit par la loi du 26 avri l 1979,
aux termes duquel l 'enfant naturel a dans la succession
d»^ sor) père les mêmes droits qu'un enfant légitime,
et sur l 'article lo94 du même code qui prévoit la faculté
pour- l 'époux, lorsqu' i l laisse des enfants, de disposer
en faveur de son conjoint, soit de la quotité disponible
cl le surplus en usufruit, soit de la total ité de ses
l)|pns en usufruit, article qui fixe ainsi les l imites
de la l ibre disposition des biens de l 'époux laissant
fies Itéri tiers réserva ta i res.
Les défendeurs concluent à 1'1napp1 icab1 1 1 té de
ces articles et Invoquent à l 'appui de leur argumentation
les articles 1525 et 1527 du code civi l.
Aux termes de l 'article 1525 du code civi l , la clause
d'attribution Intégrale de la communauté tel le qu'el le
f
/
/
résulte cki contrat de mariage
aTri~l~-l-9^ n'est pas
réputée constituer une donation, mais simplement une convention
de mariage entre associés; l 'article 1527, tout en retenant
le même principe, ouvre la faculté à un enfant d'un précédent
mariage de demander à ce que la part du conjoint survivant
soit ramenée dans les limites prévues à l 'article lo94 du
code civijj La raison d'introduire cette disposition dans
■"le code était d'éviter que par le biais d'un avantage
matrimonial l 'enfant d'un précédent mariage puisse être
écarté de la succession de son auteur en cas de prédécès
de celui-ci par rapport à son deuxième conjoint.
La question qui se pose actuel lement est de savoir si
par analogie cette action en retranchement peut également
profiter à
l 'enfant naturel .
En ce qui concerne les travaux préparatoires invoqués
par les défendeurs, i l y a
l ieu de remarquer qu'effectivement
la chambre des notaires avait proposé d'ajouter à
l 'article
lo98 l 'hypothèse d'enfants naturels à côté des enfants d'un
au tre lit.
Il faut néanmoins relever que dans le débat général
sur l 'opportunité d'une tel le disposition, modifiant quelque
peu les possibilités de 1^rtic1e 1o94 en présence justement
d'enfants d'un premier l it, ou le cas échéant d'enfants
naturels, la distinction entre enfants d'un premier l it
ou enfants naturels est passé sous si lence; En
l 'absence
d' indication que le législateur ait voulu introduire une
distinction entre ces enfants en écartant les enfants
naturels de la protection supplémentaire que l 'article lo98
avait pour but d' introduire, et dans la mesure oû l 'article
lo98 a de toute façon
été abrogé dans son ensemble,
le tribunal estime que les travaux préparatoires ne sont pas
de nature â apporter une solution au problème dont i l
a
à
connaître actuellement.
11 y a deux façons de considérer le problème
:
Soit on s'attache à la lettre de
l 'article 1527 al
2 en
soutenant que l 'alinéa 2 de cet article, lui-même dérogatoire
au principe contenu à
l 'alinéa premier de ce même article,
doit être interprété strictement, soit on s'attache à
l 'esprit des textes en présence. Le premier raisonnement
.\
av'olr été suivi par|la cour de cassation française
(cass.civ. 0.6.82 D 83 I I p. 2o)qui dans une demande
en homologation d'une convention matrimoniale visant
^
adopter le régime de la communauté universel le a
.ne
pas
décidé que l 'enfant naturel pouvait bénéficier de
l 'article 1527 al 2 du code civi l , mais qui dans
l' i rtérêt de ce même enfant a refusé l 'homologation
II
de cette convention au motif qu'el le était de nature
à
léser les droits d'ordre publ ic d'un héritier
\
réservataire";
Or de même qu'en droit français,
la loi du 26 avri l 1979 a introduit en droit luxembour
(leois le principe de l 'égalité des droits successoraux
des enfants légitimes et naturels, conférant par là-mêin
le caractère d'ordre publ ic aux droits réservataires des\
enfants naturels; Ce principe de non-discrimination(des \
1 z *
f^nfants naturels)entre enfants légitimes et enfants naturels
se retrouve par ai l leurs aux articles 8 et 14 de la convention
des Droits de l 'Homme du 4 novembre 195o; Or écarter
l 'enfant naturel en droit luxembourgeois du bénéfice de
l 'article 1527 al 2 reviendrait à le priver de sa part de
réserve dans la succession de son auteur; En effet, à la
différence de ses frères et soeurs légitimes dont les droits
ne sont que différés dans le temps puisque ceux-ci vont
retrouver l 'entière communauté au décès du conjoint
survivant, l 'enfant naturel , non appelé à la succession
de ce dernier, se verrait définitivement privé de tous
^ses droits.
On retrouve ainsi les considérations qui avaient motivé
le législateur à protéger les enfants d'un premier mariage;
le tribunal estime au vu des développements qui précèdent
(ju' i
l
y a
l ieu d'étendre l 'action en retranchement aux enfants
naturelS'et de dire que la demanderesse est en droit de
demander que la part de la défenderesse soit ramenée dans les
proportions prévues à l 'article lo94 du code civil.
L'article lo94 prévoyant que le conjoint survivant peut
être gratifié soit de la pleine propriété de la quotité
disponible et de l 'usufruit du surplus, soit de la total ité
des biens en usufruit, i l y a l ieu d'accorder en l 'espèce
à
la défenderesse sub I ) la première opt1 on, c'est-à-d1re la
quotité spéciale la plus étendue alors qu'il résulte des
éléments de la cause que le défunt voulait accorder à son
épouse les droits les plus larges possibles.
La défenderesse sub 1 ) est partant pleine propriétaire
d '
1/4 de la succession du défunt ainsi qu'usufruitière des
3/4 restant dont les 5 enfants légitimes et naturel confondus
sont les nu-propriétaires; Le droit de pleine propriété
de la défenderesse sub 1 ) se subdivisant en nue-propriété
et usufruit, il y a l ieu de constater que la demanderesse
actuellement . .
,
r
.
^
,
est en indivision avec les défendeurs quant
à la nue-
propriété de la succession de feu le docteur X. - d)
En vertu de l'article 815 du code civil qui prévoit
que nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision,
il y a lieu d'en ordonner le partage.
Par
ces
motifs
le tribunal d'arrondissement de et à Diekirch,
siégeant en matière civile, statuant contradictoirement,
reço
i
t
la demande en la forme;
d
i t que le contrat de mariage du 11 avril 1985
conclu entre le décujus et la défenderesse sub 1 ) est
inopposable à la demanderesse pour autant qu'il excède
la part pouvant revenir à celle-ci en vertu de l 'article
lo94;
f
i xe la part de la défenderesse sub 1 ) dans la
succession du décujus à 1/4 en pleine propriété et le
surplus en usufruit;
d éc
l
a re la demande justifiée en ce qu'el le
tend au partage de l'indivision existant entre la demanderesse
et les défendeurs quant à la nue-propriété de la succession du décujus;
en conséquence ordonne le partage et la
l iquidation des biens dépendant de la succession
de feu
X-
. décédé à Diekirch le 14 juillet
1985;
ordonne pour autant que de besoin la
l icitation des biens immeubles impartageables en nature;
commet à ces fins Maître Fernand UNSEN,
notaire de résidence à Diekirch;
nomme experts en cause :
1 ) Monsieur Emile HANSEN, géomètre du cadastre,
demeurant â 9714 Clervaux, 32, Klatzewé;
2) Monsieur Nicolas HAMEN, greffier en chef e.r.,
demeurant à 9283 Diekirch, 59, Promenade de la Sûre;
Maître Gig MOLITOR, avocat-avoué, demeurant à
Diekirch;
avec la mission de concilier les parties si faire
se peut,sinon de fixer les masses active et passive, de
se prononcer sur la partageabi1ité ou 1'impartageabi1ité en
nature des biens Indivis, de faire des lots en tenant
compte des biens éventuellement recouvrés au profit
le la masse par suite de réductions éventuelles et de
fixer,dans ce cas,le montant des fruits indûment
perçus,enfin de se prononcer sur toutes les difficultés
divisant les parties ou pouvant surgir en cours de partage;
d it que dans l'accomplissement de leur mission,
les experts sont autorisés à s'entourer de tous renseigne
ments utiles et même à entendre de tierces personnes;
d i t que les experts déposeront un rapport
détaillé et motivé au greffe du tribunal d'arrondissement
de ce siège;
d é s
i
g
n e Monsieur le juge Charles
N E U
pour" survei l ler les opérations de partage et de
l iquidation et faire rapport le cas échéant;
d
i t qu'en cas d'empêchement, de refus ou de
retard des notaire, juges et experts commis, i l sera
pourvu cl leur remplacement par ordonnance pré s i den t i e 1 1 e
à
rendre sur requête de la partie la plus di l igente,
donne acte à la partie demanderesse qu'el le
évalue l 'objet du l itige à la somme de 2o mi l l ions
fratics,sans nul préjudice et sauf à parfaire;
impose les frais à la masse et
f i xe l'affaire au rôle général.
Ainsi lu en audience publ ique au Palais de Justice
à
Diekirch par Nous Raymonde GONMER-de V/AMA, président du
tribunal d'arrondissement, assisté du greffier Johny WllRY
Le greffier,
Le président,